ISRAEL ON T'AIME

  

 Migdal en page demarrage Migdal en favoris Conseillez le site Livre d'or Utiles

 

     Israël, Islam : le choc des cultures
     Par Stéphane Elkaïm  
    Entretien avec Eliezer Cherki Jerusalem  Post  ed.electronique en français  

    Et si la victoire du Hamas était une chance pour la paix ? Orientaliste, fin connaisseur du Coran, Eliezer Cherki prône l'ouverture d'un dialogue différent avec le monde arabe. Un point de vue iconoclaste et déroutant.

    - Avez-vous été surpris par la victoire du Hamas ?

    - Je n'ai pas du tout été surpris par cette victoire. Cette victoire a certes des causes immédiates, strictement palestiniennes, en particulier le "désengagement" de Gaza et la destruction du Goush Katif qui ont très expressément été perçus comme une débandade israélienne et le triomphe de la thèse du Hamas selon laquelle seule la lutte armée permettra de vaincre Israël.

    Mais, au-delà de cela, il faut comprendre que la montée du Hamas et du mouvement islamique dans son ensemble est inéluctable et se poursuit depuis 15 ans en Israël comme ailleurs dans les pays arabes.

    La seule chose qui puisse empêcher l'expression de ce courant de fidélité aux valeurs islamiques c'est l'impossibilité, dans la plupart des pays arabes, qu'ont les gens de s'exprimer librement. Or, ces élections palestiniennes ont été un des très rares scrutins libres où une population arabo-musulmane a pu voter sans censure ni manipulation, et les résultats parlent d'eux-mêmes.

    - Les islamistes triompheraient donc partout en cas d'élections libres dans le monde arabe ?

    - Ils gagneraient pratiquement partout sauf peut-être dans des pays comme le Maroc où le roi a, par tradition, un statut islamique bien particulier qui lui confère une aura propre.

    - La laïcité n'existe-t-elle pas dans le monde musulman ?

    - En tout cas pas au sens où l'entendent les Occidentaux. L'Occident passe son temps à projeter ses fantasmes et pense "qu'au fond", les masses musulmanes "libérées de leurs oppresseurs obscurantistes" ne souhaiteraient qu'à adhérer aux valeurs et au mode de vie de l'Occident qui, bien sûr, "sont les seuls valables".

    Mais il faut arrêter d'infantiliser les musulmans et les Arabes et admettre qu'ils ont des valeurs et des choix de vie différents. Que cela nous plaise ou non, que cela puisse ou non constituer un redoutable danger pour la paix régionale ou mondiale est un autre problème, mais il faut d'abord reconnaître les faits ; et à partir de là élaborer une politique.

    - Comment expliquez-vous cette volonté de retour à la tradition islamique ?

    - En sus de l'attachement positif aux valeurs musulmanes, il y a la très profonde dégradation de l'image de l'Occident, perçu comme une civilisation déliquescente et dépravée, bénéficiant encore d'un avantage matériel et technique que l'on peut convoiter mais qui ne peut plus être un modèle à imiter.

    Par ailleurs, le monde arabo-musulman n'a pas connu les changements profonds de civilisation et de valeur qu'ont été la période des Lumières et la laïcisation de la civilisation chrétienne. Pour lui, les seules valeurs légitimes sont celles de l'Islam et il n'a pas d'autre référence. Il n'est donc pas étonnant que ce soient les partis qui expriment les valeurs authentiques de l'Islam qui emportent l'adhésion.

    Dans certains cas, cette adhésion peut aller à des partis ou des organisations prétendument laïques, d'un laïcisme de pure forme et à usage essentiellement extérieur, par exemple à l'OLP de Yasser Arafat, lorsque ceux-ci donnent le sentiment qu'ils seront des vecteurs plus efficaces pour réaliser les objectifs de la société musulmane ; par exemple la lutte contre Israël.

    Mais le jour où l'on se rend compte qu'ils sont corrompus ou inefficaces, on revient à ceux qui tiennent un discours qui sonne vrai pour un musulman.

    - Les partis "laïques" arabes, adoubés par l'Occident, ne représentent donc pas le peuple ?

    - L'Occident (et Israël?) choisit ses interlocuteurs parmi ceux qui lui donnent l'impression d'être des interlocuteurs valables. Ce faisant, il scie la branche sur laquelle le dialogue avec le monde arabe est fondé puisque ces représentants ne reflètent pas réellement les aspirations du peuple.

    Il est d'ailleurs intéressant de noter que pratiquement le seul débat qui préoccupe les médias occidentaux au sujet du caractère "exportable " ou non des valeurs occidentales concerne les moyens à employer et non le fond.

    La France et les Etats-Unis par exemple s'affrontent sur les moyens d'exporter la démocratie, les Américains étant accusés d'être trop violents, trop brusques, alors que les Français misent sur la persuasion douce.

    Il faudrait "expliquer" gentiment aux Arabes que ce n'est pas bien le statut d'infériorité de la femme, la relation qu'ils ont aux étrangers, etc. Malraux disait très justement : "Les Occidentaux ont toujours l'air de croire qu'ils vont remplacer les croisades par l'instruction civique." C'est exactement cela.

    - Tous les musulmans partagent-ils ces valeurs islamiques ?

    - Il y a bien sûr toujours des individus occidentalisés ou qui refusent ces valeurs. Mais l'ensemble de la société musulmane souhaite vivre selon les valeurs de l'Islam. Et cela signifie d'abord un rejet des valeurs que l'Occident veut lui imposer.

    Parce que si la violence que nous voyons dans le monde arabo-musulman est tout à fait réelle, voire barbare, il faut comprendre que les musulmans ont le sentiment d'être profondément agressés dans leur être par des valeurs que l'Occident veut leur imposer, en particulier au moyen de la mondialisation : le matérialisme, la permissivité à tous crins, une société qui tourne le dos à la prière, à Allah.

    Ce n'est pas ce qu'ils veulent. Cela ne veut pas dire qu'ils considèrent que leur société est parfaite. Ils sont conscients de leurs défauts, de leurs faiblesses mais ils tiennent par-dessus tout aux valeurs islamiques.

    - Peut-on envisager la création d'un Etat palestinien avec le Hamas au pouvoir ?

    - Ce qui se passe actuellement au niveau israélien, c'est l'effondrement du fantasme d'Oslo de créer un Etat palestinien qui serait un Etat modéré vivant en paix avec Israël. Le plus grand danger serait de remettre les clés d'un Etat entre les mains des plus violents et des plus déterminés à nous détruire parmi les Palestiniens.

    Mais en vérité, tout Etat palestinien créé au coeur d'Israël, en Judée-Samarie, est inéluctablement voué à devenir l'instrument de notre perte parce qu'il y a une dynamique du Djihad qui s'emballe dès que vous lui donnez les instruments politiques et militaires qui lui manquent. De simple potentialité, il devient alors obligation religieuse absolue.

    Contrairement aux apparences, un Etat palestinien ne permettra pas la paix mais sera au contraire l'obstacle majeur à toute réconciliation entre Juifs et Arabes. Ce serait destructeur y compris pour les Palestiniens eux-mêmes qui ne sont pas dans leur majorité pour la destruction de l'Etat d'Israël.

    Ils se retrouveraient pieds et poings liés avec des gens qui éduquent leurs enfants à se sacrifier pour le djihad et qui fixent à la société palestinienne un objectif unique : la destruction d'Israël, processus déjà largement entamé dans les territoires déjà remis à l'Autorité Palestinienne.

    - Mais alors par quoi passe cette réconciliation avec les Palestiniens ?

    - Disons d'abord qu'une telle réconciliation ne peut se faire dans le relâchement de la vigilance militaire et sécuritaire. Au-delà de cela, elle passe par des concessions très douloureuses pour les Israéliens, mais qui ne sont pas de nature territoriale ni même, fondamentalement, politique.

    Elle passe par la redécouverte du respect de nos voisins arabes, de leur civilisation, de leur dignité et de leurs valeurs, même si ce ne sont pas toutes les nôtres. Elle passe par la prise de conscience de ce qui nous rapproche d'eux, en tant que Juifs, malgré tout ce qui nous sépare.

    Ce sont des concessions très douloureuses car elles impliquent une réflexion toujours refoulée, et qui en vérité nous terrorise, sur la signification de notre présence sur cette terre, sur notre identité et sur notre propre relation à l'Occident.

    On préfère construire des murs de séparation, toujours plus hauts, toujours plus illusoires, en vérité pour fuir ces interrogations. Or, plus vous construisez des murs, plus vous les isolez, plus l'enfermement approfondit la spirale djihadiste et la concentration de tous les efforts pour détruire Israël.

    - En quoi le retrait de territoires favorise-t-il l'islamisme ?

    - Prenez l'exemple de Jérusalem. Israël est encore présent à l'est, on peut encore aller dans certains quartiers arabes. Vous y trouvez des musulmans qui vivent comme des musulmans, ils ont leurs propres écoles, leurs propres systèmes, etc. Il y a donc une certaine coexistence.

    Mais dès qu'Israël se retirera, ces quartiers seront livrés au pouvoir des islamistes qui contraindront les gens à leur remettre leurs enfants et à les préparer dès leur plus jeune âge au sacrifice du Djihad.

    C'est atroce mais c'est une réalité. C'est aller à contre courant de tous les discours officiels et de la langue de bois qui veut que depuis Oslo, nous allons sur le chemin de la paix.

    En vérité, nous allons sur un chemin de guerre et de malheur à commencer pour les Palestiniens eux-mêmes. Il est frappant de constater que la courbe de la violence et des attentats anti-israéliens monte rigoureusement parallèlement à l'abandon des territoires.

    - Quelle issue voyez-vous au conflit ?

    - Il faut faire preuve d'imagination et réfléchir à de tout autres systèmes de coexistence que la création d'un Etat palestinien.

    - Les islamistes sont-ils prêts à renoncer à un Etat ?

    - La difficulté, voire l'impossibilité de vivre en coexistence avec un Etat non-islamique sur une terre d'Islam est certes réelle pour les musulmans. Mais en même temps, l'Islam peut faire preuve d'un réalisme surprenant.

    Le Djihad est à la fois obligatoire, et en même temps complètement dépendant des circonstances. Il est possible de prévoir des aménagements dans la mesure où on ne peut pas lutter. C'est précisément le cas des Arabes israéliens. Ils ont exactement le même Islam que les Palestiniens mais ils se sont adaptés pour préserver leurs valeurs car ils savent qu'ils ne peuvent pas obtenir, du moins à court terme, la destruction de l'Etat d'Israël.

    - Les islamistes pourraient-ils un jour reconnaître et accepter l'Etat d'Israël ?

    - La relation des musulmans avec l'Etat d'Israël est entachée d'une grande ambiguïté. D'un côté on considère Israël comme le petit Satan à côté du grand Satan (l'Amérique) et en même temps, les Juifs sont très présents dans le Coran dans une dimension qui n'est pas uniquement négative.

    En particulier, le Coran reconnaît explicitement que la terre d'Israël appartient aux Enfants d'Israël. Les musulmans sont très interpellés par cette dimension même s'ils essaient de trouver des contre arguments soit théologiques (ce verset annule tel verset?) ou importés de l'Occident chrétien à savoir que les Juifs d'aujourd'hui n'ont rien à voir avec ceux de l'Antiquité.

    Mais ces explications, souvent contradictoires, viennent souligner qu'il existe un vrai malaise par rapport à cette question.

    - Israël doit donc affirmer sa légitimité sur cette terre ?

    - On entend souvent dire que les Arabes ne respectent que la force. C'est non seulement du racisme mais en plus c'est complètement faux. Ils respectent au contraire d'abord la légitimité. Et lorsque Israël fait bon prix de sa légitimité, c'est une catastrophe.

    Il est tout de même ahurissant que le passage obligé d'un chef d'Etat qui visite Israël soit presque exclusivement Yad Vashem : le "devoir de mémoire" est bien sûr capital, mais notre légitimité ne découle pas de la Shoah ! Le message que nous laissons alors passer est, subrepticement, un message de violence. Nous disons : "Nous n'avons pas de légitimité sur cette terre mais comme nous avons été persécutés, nous allons nous défendre avec nos tanks et notre arme atomique."

    Il est urgent d'ouvrir un dialogue plus profond, certainement plus difficile, mais plus porteur de promesse de réconciliation et de paix. Les musulmans sont comme nous très attachés à leurs écritures et nous étouffons le dialogue en n'explorant pas cette dimension.

                                                     Pour diffuser , mentionner les sources

     

     Merci pour votre soutien, continuez à parler de notre site autour de vous, inscrivez vos amis, familles et tout ceux qui veulent participer à agrandir et promouvoir le site.
    DON'T FORGET YOUR SUPPORT IS VERY IMPORTANT FOR US