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Quand on veut rendre compte de la différence culturelle
entre deux communautés, attendu qu'une communauté peut trés bien ne pas "faire
peuple", on est renvoyé à la présence d'une géographie singulière (Travail de la
terre) et à une histoire tout aussi singulière (travail de la mémoire). S'il
advient dans l'histoire d'un peuple ou d'une communauté qu'une de ces deux
dimensions soit amputée alors, celle qui reste connaît une excroissance sans
pareil. Si la communauté juive et la communauté corse partagent des valeurs
communes, ce qu'attestent les relations historiques entre ces deux peuples,
c'est que toutes deux , mais pour des raisons différentes ont vécu la perte de
la terre et l'excroissance de leur mémoire. Les corses ont connu la
déportation, l'exil, la colonisation, l'expension française puis l'émigration.
Autant d'expérience où la perte de la terre et du lieu se traduit par une
excroissance de la mémoire et une éthique du témoignage. Inutile de souligner la
dimension de cette perte chez les juifs qui firent de la mémoire et du
témoignage la condition de leur salut. |

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Ce culte de la mémoire a aussi son
envers, le mépris du lieu et des hommes du cru, les habitants (ceux qui sont
restés fidèle à la terre apparaissent comme des nantis). La situation opposée
est un cas extrèment rare dans l'histoire; une communuaté qui perdrait la
mémoire sans perdre sa terre. Aujourd'hui la situation me semble
differente, ce n'est plus la déportation, la colonisation, l'expension coloniale
ou l'exil qui conduit à la perte de la terre mais l'indiffréence à sa présence,
à ses formes, à son travail. La mémoire s'en trouve-t-elle pour autant
réinvestie? Absoluement pas! Car, à mesure que se retire la présence de la
terre, disparait la mémoire des lieux et des hommes. Lorsque les hommes perdent
la mémoire en étant absorbés exclusivement par les préoccupations actuelles, ils
génèrent un culte tout aussi dangereux que celui des ancêtres: le culte du
territoire. La principale conséquence de ce culte est le rejet des hommes sans
terre, des marginaux, des migrants, des exilés qu'ils furent. La sacralisation
du temps (le culte des ancêtres) comme la sacralisation de l'espace (le culte du
territoire) conduisent inéluctablement au sacrifice. Nous commençons
d'appartenir à un monde qui doit le meilleur comme le pire à quatre processus
qu'aucune société n'a jamais connu (N'en déplaise à nos amis franc-maçons qui
s'évertuent à réinstrire dans un ordre symbolique, dans du déjà connu, de
l'inconnu: la situation est insolite, comme l'existence est absurde et , c'est
ce qui fait sa beauté): -La mise en mouvement de toute chose et la
destruction systématique de tous les corps constitués (corps naturels, corps
culturels: Familles, clans, tribus, nations, Etats, religions). Cette
fragmentation ouvre sur un culte de la consommation et de la mobilité, attendu
que consommer c'est exploser ce qui était donné. Il ya "les lieux" où "ça" bouge
et les lieux où il ne se passe rien. Le temps est à la libre circulation des
hommes et des marchandises...La nature , dont fait partie notre corps est là
pour nous servir, pour être exposer! Le corps "propre" n'est plus un lieu
d'émotion et le corps de l'autre un lieu d'inspiration mais un support à une
sensation possible: "On s'éclatent!" Conséquence visibles: Un détachement
sans précédent à l'égard de la nature et du corps qui se traduit par des
scarifications (Percing, tatouage, etc) afin d'en faire l'épreuve: Se sentir
bien dans sa peau! Cela se traduit par une mise au bans des oeuvres, simple
produit de consommation. -La mise en réseau des énergies ainsi libérées
et la chasse ouverte au terroriste, au pirate au hacker qui défient toute
trassabilité. Cela ouvre sur un culte de l'égalité indipensable aux échanges et
aux relations. Les sacro-saintes "règles" du commerce régissent l'univers des
relations: donnant-donnant! L'indifférence prend alors la forme de la fraternité
fusionnelle: "Simu tutti fratelli!". Discothèque, rêve partie,
partie,entreprise,club de supporters autant d'espace pour s'entendre en évitant
de se rencontrer. Eviter le face à face par l'interface de nos machines à
relier. Abolition des limites et des frontières: "papa est mon copain!". Cela se
traduit par la mise au ban de la différence et de la distinction: disparition
des rites d'hospitalité et du respect. -La mise en signaux de la parole
vivante et du discours critique accompagnée d'une diabolisation de toute forme
de transcendance. Cela ouvre sur le culte de la communication et de la
pertinence. Pour communiquer efficacement il ne faut rien signifier. La
superficialité est alors la règle d'or de l'adaptation. Ne pas avoir de parole,
ne pas donner sa parole, pouvoir revenir à tout instant dessus. 1984 "la double
pensée" et la novlangue réalisée! Cela se traduit par la mise au ban de la
question du sens et le consensus sur l'impossibilité d'une recherche en commun
de trouver une parole qui institue un dialogue. On peut tout dire à la condition
expresse de respecter l'entente préalable: ne pas remettre en question
l'insignifiance de la parole, ne pas avoir foi en celle-ci! -La mise en
scène de l'existence ainsi engendrée et l'accès au spectacle pour tous. La
mémoire, la vigilance comme l'utopie doivent pouvoir se représenter, donner lieu
à un spectacle pour exister. Cela ouvre sur un culte de l'actualité et de
l'information. Il faut se tenir au courant, rester "branché", suivre la
mode...Pas de caméra pour filmer, pas de mort , pas de guerre.Cette existence
médiatique confine le spectateur dans un oubli de soi bienséant, tandis qu'elle
confère à la scène une dimension d'éternité. Le championnat, le 13h, la formule
1, etc, autant de spectacle qui miment l'existence pour nous permettre de nous
échapper. Pensons ici au succès de "l'enquête corse" au près des jeunes corses,
et du spectacle de Tralonca pour les plus anciens: On existe enfin on passe sur
l'écran! Se trouve abolis le temps , la mémoire, la mort et la naissance dans un
sentiment d'immortalité sans précédent. Cela se traduit par une mise au ban de
la mémoire (le passé ne nous inspire plus), de l'attention (le monde est fait
pour jouer)et de l'utopie (une autre façon de vivre est
impossible). Or quest-ce qu'une culture, sinon une pratique de la
nature (dont notre corps fait partie), une pratique de l'autre, une pratique de
la parole et une pratique du temps. Que restera-t-il alors de notre culture
corse dans 10 ans? J'entends que "le génie corse" a été, dans l'histoire, de
savoir se tenir au seuil des logiques carcérales qui sont à l'oeuvre dans toutes
les cultures: la logique de la propriété (a tarra di u cummunu), la logique de
l'identité ( statut accordé au marginal:bandit,clandestin,étranger), la logique
du sens (aucun discours dominant et aucun homme s'autorisant de celui-ci n'a
jamais pu s'imposer) et la logique de la reproduction (technique de la terre
brulée). Saura-t-elle faire preuve d'autant de génie à l'égard des logiques
libérales : s'inscrire au seuil de la consommation, des échanges, de la
communication et du spectacle pour dessiner une personnalité singulière en se
riant des paumés qui consacrent leur vie exclusivement à ces
pratiques? Cultiver les émotions et les oeuvres et se rire de la
consommation en jouant avec celle-ci! Cultiver les rencontre et l'amitié et
se rire des échanges en jouant avec les règles du commerce? Cultiver la
parole et la recherche en commun et se rire de la communication en jouant avec
celle-ci? Cultiver le témoignage et la conduite de l'homme d'honneur et se
rire du divertissement et du spéctacle en jouant avec
celui-ci? Malheureusement les hommes ne s'interrogent que lorque ce qui
leur est familier vient à disparaître. Il a fallu que la culture corse commence
à disparaitre pour que l'interrogation apparaisse. Faudra-t-il attendre que
toute la corse brule, soit pollué ou bétonner pour prendre conscience des enjeux
écologiques? Ce que nous sommes en train de perdre en ne nous inscrivant pas
dans la clandestinité, c'est précisément cette familiarité sans laquelle la
crise n'ouvre que sur la revendication identitaire, l'éclatement dans le système
et le cynisme de celui qui consomme sa terre, commerce tout, communique pour ne
rien dire, se divertit en se donnant en spectacle et se revendique nationaliste
en lutte! Oeuver la crise, avant que celle-ci ne deviennent une norme tel est
notre destin!
Une
Corse Ultimu mazzeru
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