Editorial du Rédacteur en chef
Guysen
Cette semaine, nous souhaitons
attirer l’attention de nos lecteurs sur l’affaire liée à l’inculpation du
président de l’Etat d’Israël Moshé Katsav, et ses conséquences sur la démocratie
israélienne et l’image d’Israël. Non, Guysen n’aura pas ouvert ses colonnes aux
réactions émotives dans l’une des plus grosses affaires de l’histoire d’Israël.
Nous nous sommes contentés de dire les faits.
La rédaction de Guysen n’a
pas souhaité amplifier l’affaire Katsav, ni alimenter débats et polémiques à
propos de l’épisode médiatique qui a été au cœur de l’actualité israélienne ces
derniers jours. Quels que furent les mots employés par la presse israélienne,
relayant des sondages de dernière minute à propos d’une opinion publique
chauffée par les titres de la veille, malgré les déclarations et les pressions
exercées par les responsables politiques israéliens pour que le Président
démissionne ou que ses portraits soient décrochés des murs des salles de classe
ou des lieux publics, est-il possible de condamner un homme avant le procès,
avant le jugement, avant le verdict ?
Car les journaux et les
responsables politiques sont allés loin. "Rentre à la Maison", "Démission !"
pouvait-on lire à la Une du "Maariv" ou du "Yediot Aharonot" au lendemain de
l’inculpation. Comme si l’ouverture d’une enquête suffisait à salir la
réputation et la dignité d’un homme.
Moshé Katsav est le huitième
président de l’Etat d’Israël. Sa fonction est symbolique. En inculpant Moshé
Katsav pour viol et harcèlement, le conseiller juridique du gouvernement Méni
Mazouz applique le droit. Des plaintes ont été déposées. Une enquête policière a
été menée. Elle a instruit un juge qui doit légitimement et légalement
déclencher une procédure judiciaire. Or l’engagement d’une procédure ne présume
pas de la faute d’un homme. Le jugement seul dira si Moshé Katsav est coupable
ou innocent.
Mais aujourd’hui, c’est la vindicte médiatique qui s’en
charge. Moshé Katsav savait qu’en dénonçant le jeu de la presse, "devant le
tribunal de la communication", il ne se ferait pas davantage d’amis parmi les
journalistes. Il ne pouvait plus garder le silence.
Pour le crédit de
nos institutions, de la presse, et peut-être même de la vie démocratique
israélienne, il ne faudrait pas découvrir un jour que toute cette affaire se
résume à un mauvais coup politique où des accusations extrêmement graves sont
lancées contre un homme dans le but de le "faire tomber". Ou pour que la Une des
grands tirages occupe l’espace médiatique jusqu’à lors réservé à d’autres
affaires qui touchent les premiers responsables de notre pays ?
Considérons aussi que même si la culpabilité de Moshé Katsav était
avérée, un tel tapage médiatique n’était pas nécessaire. Si l’on tient compte de
la question si sensible de l’image d’Israël dans le monde, le déshonneur que les
médias infligent au Président n’entache-t-il pas également l’image de son pays ?
Pourtant, on avait bien dit, à l’époque de l’affaire du Watergate, que
la destitution du Président Nixon avait été possible parce que les Etats-Unis
étaient la plus grande démocratie du monde. Pourtant, on avait bien dit à
l’époque de l’affaire Bill Clinton – Monika Lewinsky que l’Amérique était le
pays le plus moral du monde. Honneur fut fait à l’Amérique d’avoir empêché
le vol comme le mensonge.
L’affaire Katsav est un Watergate à la
Clinton, elle cumule l’exigence démocratique, le réflexe vertueux. Mais qui le
dit ? Contre tous les rédacteurs, journalistes, éditorialistes israéliens,
repris dans la presse du monde entier, la rédaction de Guysen croit que
l’affaire Katsav est une affaire triste et grave, mais que c’est une affaire qui
montre la grandeur de la démocratie israélienne, l’éthique des Israéliens, si
attachés au respect du droit et de la morale.
Cette semaine, la
rédaction de Guysen est la première à avoir annoncé la démission du chef
d’État-major de Tsahal, le général Dan Haloutz, puis la nomination de son
remplaçant Gabi Ashkenazi. Nous avons été les premiers à annoncer la
qualification de la joueuse de tennis israélienne Shahar Peer aux quarts de
finale de l’Open d’Australie. Guysen était seule à Hébron pour couvrir une
manifestation organisée par le mouvement de "Shalom Arshav". Mais elle sera la
dernière à jeter l’opprobre sur un homme, sur un juif, un israélien, qui garde,
malgré sa mise en congé, le titre de président, le premier des citoyens.
Ce n’est pas digne d’un juif de jeter la pierre sur un autre juif.
Aujourd’hui, Moshé Katsav est un homme seul. Coupable ou innocent, il ne mérite
ni la haine, ni la honte, ni l’infamie. Parce que la haine et l’infamie nous
sont étrangères. Et parce que procurer le sentiment de honte chez une personne
est interdit. Parce que nous sommes opposés à la violence gratuite, fût-elle
verbale. Parce que le monde dont les caméras sont rivées sur notre pays se
frotte les mains de voir le symbole de l’Etat hébreu sali de la sorte. Non, les
mauvais usages de la démocratie ne contribuent pas à améliorer notre image.
C’est la vérité sur l’affaire Katsav que nous attendons, non les
spéculations médiatiques.
Il y a l’honneur d’un homme qui vient se
confondre avec celui de notre pays. Comprenons bien que c’est pour l’honneur
d’Israël que Katsav est en réserve de l’Etat. Pour l’honneur d’Israël, le
Président sera jugé. Pour l’honneur d’Israël, nous n’écrirons rien d’autre que
les vérités que cette affaire soulèvera sans doute.
Au dîner annuel du
CRIF, mardi 23 janvier, l’invité d’honneur Dominique de Villepin a dit avec
force son engagement pour l’entrée d’Israël dans la francophonie. Il faut ici
saluer le combat mené par Roger Cukierman pour les Juifs de France et l’image
d’Israël. C’est avec émotion que nous avons écouté Roger Cukierman, à la tête
d’un CRIF dynamique et engagé, parler pour la dernière fois comme Président, au
célèbre dîner annuel. Ni Ehoud Goldwasser, ni Eldad Reguev, ni Guilad Shalit
n’ont été oubliés.
Cette semaine, nos pensées vont vers nos soldats
israéliens, depuis sept mois retenus en otage, et vers leurs proches aussi,
depuis sept mois saisis d’angoisse.
Guy Senbel
http://www.guysen.com
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