En
mars 2000, je
me faisais la
réflexion ci-dessous
suite à la libération
de Pinochet
après 503 jours
d’assignation
à résidence
à Londres sous
le titre : P.
comme Pinochet,
P. comme Papon.
«
J’en suis à
me demander
comment des
criminels ou
des complices
de criminels
contre l’Humanité
peuvent ainsi
tromper la justice
? Comme des
millions de
téléspectateurs,
j’ai vu la «
résurrection
» miraculeuse
de Pinochet
à son arrivée
à Santiago après
quinze mois
de « coma diplomatique
».
Et je
n’ai pu m’empêcher
de faire un
parallèle avec
Papon ! Tout
le monde s’en
souvient encore
: le matin il
était presque
mourant et le
soir, suite
à sa mise en
liberté avant
son jugement,
frais et dispos,
il dînait dans
une auberge
avec ses avocats
et des amis.
Quelle santé
! ! »
Ainsi
donc, à quelques
semaines d’intervalle,
ces 2 « personnages
» seront paisiblement
morts dans leur
lit. Quelle
que soit la
façon dont ils
furent enterrés,
les yeux de
leurs victimes
auront été dans
leur tombe et
les regarderont…..mais
pas comme la
« conscience
» de Caïn car
eux n’en avaient
pas !
« Ici-bas
», ils auront
eu plus de chance
que leurs victimes
qu’ils ont maintenant
rejoint « là-haut
»…...mais, à
mon sens, pas
au même endroit,
ce qui ne serait
que justice
! Les innocents
d’un côté, les
méchants de
l’autre !
«
Ici-bas » ou
Un accusé arrogant
et sans remord
Papon,
cet homme méprisant,
détestable,
répugnant, suffisant
et hautin, ce
haut fonctionnaire
très et même
trop zélé, très
et même trop
occupé par sa
carrière, très
et même trop
obéissant, rouage
d’une implacable
machine de collaboration,
ne renia rien
de son passé,
clamant son
innocence et
poussant l’infamie
jusqu’à déclarer
: « Je n’ai
ni remord, ni
regret et si
c’était à refaire,
je le referais
». Aura-t-il
rencontré les
1690 personnes
juives, dont
250 enfants,
ces innocents
qu’il a, par
une simple signature
alors qu’il
était secrétaire
général de la
préfecture de
la Gironde,
envoyées à la
mort, ……… et
dans quelles
conditions ?
Un
demi siècle
de silences
et de complaisances
auront précédé
ce procès historique
et exemplaire
(1), même si
pour certains
la modicité
de la condamnation
aura laissé
un goût amer,
un goût d’inachevé.
Un
demi siècle
de silences
et complaisances
que nous « devons
», pour différentes
raisons, au
Général de Gaulle,
à M. Giscard
d’Estaing et
à M. Mitterrand.
Un
demi siècle
de silences
et complaisances
qui permirent
à Papon, décoré
de la Francisque,
d’avoir, et
là est le scandale,…….la
Légion d’Honneur
! (2) Mais il
n’est malheureusement
pas le seul
dans ce cas,
suivez mon regard
en direction
d’un certain
ancien président
de la République
aujourd’hui
décédé !
Un
demi siècle
de silences
et complaisances
qui lui permirent,
alors que son
« parcours »
peu glorieux,
et même minable,
contre les Juifs
et que sa responsabilité
dans l’organisation
des convois
de la mort pour
Drancy (et Auschwitz)
n’étaient pas
tout à fait
inconnus du
sommet de la
hiérarchie de
l’Etat,- d’être
deux fois élu
député,
-
d’être nommé
préfet de Corse
et de Constantine,
-
d’être nommé
en 1954 à un
poste important
auprès du Résident
Général de France
au Maroc et
-
d’occuper en
1978 le poste
de ministre
du budget dans
le gouvernement
Barre, sous
la présidence
de M. Giscard
d’Estaing, ce
M. Barre qui,
le 1er mars
dernier, fit
des déclarations
(antisémites)
élogieuses pour
Papon au sujet
desquelles,
d’ailleurs,
je n’ai pas
eu vent à ce
jour de réactions
de la part de
l’ancien président
de la République
!
Orgueilleux,
alors que sa
Légion d’Honneur
lui fut retirée
le 2 avril 1998
suite à sa condamnation
à dix ans de
réclusion criminelle
pour «complicité
de crimes contre
l'humanité»,
Papon sera condamné
à 2500 euros
d’amende en
2004 et 2005
pour port illégal
de sa décoration.
Malgré
cela, malgré
l'indignation
des familles
de ses victimes
et de la classe
politique, Papon,
en guise d’une
ultime provocation,
en guise de
« revanche post-mortem
», fut enterré
avec sa Légion
d’Honneur. Quelle
insulte inutile
!
Les
obsèques d’une
personne sont
l’affaire privée
d’une famille.
Si celles de
Papon l’étaient
restées (privées),
j’aurais pu
écrire, pour
reprendre une
expression d’un
certain ministre
ayant abandonné
son poste, certains
diront « l’ayant
déserté », au
moment de la
première guerre
du Golfe, «
Peu me chaut
que Papon soit
enterré avec
sa Légion d’Honneur
». On aurait
même pu y ajouter
sa casquette
et son uniforme
de Préfet et,
pourquoi pas,
son stylo avec
lequel il envoyait
ses pauvres
victimes sans
défense à la
mort ! Mais
il en fut fait
une publicité
indécente et
provocatrice,
pour respecter,
paraîtrait-il,
la « volonté
du défunt »
!
Cependant,
à n’en pas douter,
sa décoration
ne lui servira
à rien « là-haut
». L’insulte
à la Légion
d’Honneur est,
je crois, le
fait que cette
illustre décoration
ait pu être
portée au même
revers de veste
sur lequel la
francisque le
fut !!
Ainsi
donc, après
avoir connu
les plus grands
honneurs de
la France, M.
Papon est mort
à 96 ans, certes
libre, certes
bénéficiant
jusqu’à sa mort
d’un traitement
de faveur mais
condamné. Condamné
peut être pas
à la hauteur
de sa conduite
mais condamné,
et là est l’essentiel
!
Mais
il aura fallu
seize années
de procédure
pour que Papon
comparaisse
enfin devant
la cour d’assises
de la Gironde
présidée par
le juge Jean-Louis
Castagnède (3).
Il m’a été donné
d’assister à
quelques audiences
de ce mémorable
procès et d’en
lire des compte-rendus.
J’ai encore
en mémoire cet
homme froid,
plein de mépris
(4), à l’œil
glacial, prenant
des notes et
tenant tête
à certains témoins
d’une façon
virulente malgré
son âge et son
« état de santé
». Et toujours,
oui toujours,
c’est un scandale
et une honte,
pas le moindre
regard, pas
la moindre compassion
pour les parties
civiles. Il
aurait même
eu le front
de déclarer
« ….., je dois
vous dire que
le Noël 1943
nous ne l’avons
pas fêté. Je
me souviens
qu’avec ma femme
nous avons pleuré
après le départ
du convoi du
23 décembre.
Je n’ai cessé
de porter dans
mon cœur le
deuil des déportés
juifs » !
Il
me souvient
encore de cette
audience du
31 octobre 1997
après une semaine
d’interruption
du procès.
Ce
jour-là, furent
mis au cœur
des débats Vichy
et sa criminelle
politique antisémite
qui rendirent
les Juifs vulnérables.
Politique discriminatoire
qui permit de
perpétrer un
« crime de masse
» dénoncée par
le professeur-historien
américain Robert
Paxton (5) lors
d’une magistrale
déposition de
plus de trois
heures suivie
d’une avalanche
de questions.
R. Paxton insista
sur la mise
en place, dès
le 3 octobre
1940, du premier
« Statut des
Juifs » (6)
et poursuivit
sa déposition
par un historique
implacable contre
« L’Etat français…..[qui]
a participé
à la politique
d’extermination
des Juifs ».
La défense,
en la personne
de Me Varaut,
contesta ce
témoignage estimant
qu’« un historien
n’était pas
un témoin ».
Puis il y eut
une mise en
cause d’Henri
Amouroux, journaliste-écrivain
présent à la
barre.
Il
me souvient
encore de cette
pénible et douloureuse
audience du
22 décembre
1997 traitant
du départ le
26 août 1942
de 423 personnes
pour Drancy
puis pour Auschwitz
le 31 août,
423 personnes
parmi lesquelles
se trouvaient
81 enfants dont
18 furent arrêtés
avec leurs parents
lors de la rafle
du 16 juillet
1942. Des enfants
dont le plus
âgé, Albert,
avait 16 ans
et le plus jeune,
Léon,…..1 an
(une journaliste
parla même de
quelques mois).
Léon fut déporté
avec ses frères
(Maurice 3 ans,
Simon 5 ans)
et sa sœur (Charlotte
9 ans). Pénible
et douloureuse
audience pendant
laquelle furent
cités les noms
de ces petits
enfants condamnés
à mort parce
que Juifs, Nelly
et Rachel, William
et Gérard, Pauline
et Jacqueline,
Bertrand et
Adolphe, Anna
et Léon, Sylvain
et David…….Ces
81 enfants embarqués
avec leurs dérisoires
baluchons et
leurs quelques
petits jouets
!!
Il
me souvient
encore de cette
audience du
23 décembre
1997 au cours
de laquelle,
pour la deuxième
journée consécutive,
il fut question
des enfants
du convoi du
26 août 1942
dont les parents
avaient été
déportés 5 jours
plus tôt. Ces
malheureux gosses
jetés dans les
wagons, leurs
cris, leurs
pleurs, un «
voyage » de
plusieurs jours
au bout de l’enfer
dans des conditions
inimaginables
avec la chaleur,
la soif, la
faim, la peur
et, au final…..le
gaz, le feu
et la fumée
pour tous !
Et pourtant
Papon affirma
à plusieurs
reprises……..qu’il
avait sauvé
des Juifs !
En fin de journée,
déclarant qu’il
était « très
fatigué et [avait]
besoin de repos
pour parachever
sa guérison
», l’audience
fut renvoyée
au 5 janvier
1998. « Des
vacances de
Noël pour Papon
», ironisèrent
certains !!
Il
me souvient
encore qu’à
la reprise de
son procès,
en pleine forme
malgré ses 87
ans, Papon montra
et démontra
qu’il était
un homme à poigne
n’ayant aucun
mot de compassion
pour la déportation
des 81 enfants
mais
sachant
s’apitoyer et
s’attendrir
sur son propre
sort, allant
jusqu’à déclarer
« Je joue mon
destin, ma fin
de vie, ici
! » . D’une
arrogance et
d’une pugnacité
à peine croyables,
il interrompit
à plusieurs
reprises le
procureur général,
Henri Desclaux
lors de cette
audience du
5 janvier 1998
reconnaissant
seulement, et
à la limite,
avoir commis
un « crime….de
naïveté ». A
bout d’arguments
au sujet du
sort des Déportés,
Papon se permit
cette réflexion
à un avocat
des parties
civiles « Je
ne joue plus
avec vous »
!!
Il
me souvient
encore de cette
audience 14
janvier 1998
consacrée au
quatrième convoi
et à la rafle
du 19 octobre
1942. Michel
Slitinsky, alors
âgé de 17 ans,
parvint à s’évader.
C’est lui qui,
en 1981, « accusera
» Papon via
Le Canard enchaîné
et grâce à des
documents retrouvés
par l’historien
Michel Bergès.
Il
me souvient
encore de cette
audience du
21 janvier 1998
au cours de
laquelle Michel
Slitinsky témoigna
« au nom de
tous les siens
», de son père
Abraham et de
sa sœur Alice.
Il raconta sa
longue traque,
son combat dans
la Résistance
et sa rencontre
fortuite à Bordeaux
avec deux policiers……………….auteurs
de l’arrestation
de sa famille.
Il
me souvient
encore de cette
audience du
4 février 1998
au cours de
laquelle furent
évoquées la
rafle du 10
janvier 1944
au cours de
laquelle 228
Juifs de tous
âges furent
arrêtés à leur
domicile et
la déportation
deux jours plus
tard vers Drancy
de 317 Juifs.
Tous les Juifs
arrêtés par
la police et
la gendarmerie
françaises furent
parqués….dans
la Synagogue.
Il
me souvient
encore de cette
audience du
10 février 1998
et du terrible
et émouvant
face à face
entre les familles
des victimes
et Papon, Papon
qui n’eut jamais
le moindre mot
de regret. Et
pourtant il
fut question,
entre autres,
de la déportation
et de l’assassinat
à Auschwitz
le 25 janvier
1944 d’une famille
entière, la
mère, le père
et leurs neuf
enfants………..dont
un nouveau né
de quelques
jours !
Il
me souvient
encore de cette
audience du
11 février 1998
et l’évocation
du dernier convoi
du 13 mai 1944
composé uniquement
de 57 personnes
de plus de 70
ans, de malades
arrachés de
leur lit d’hôpital,
de mutilés de
guerre dont
Jules Kahn,…………..amputé,
Officier de
la Légion d’Honneur
et titulaire
de la Croix
de guerre !
Manifestement,
ces malheureuses
gens n’allaient
pas « dans des
camps de travail
» comme Papon
le déclara la
veille avant
de se rétracter.
Papon qui s’exclama
: « Je suis
la victime expiatoire
des parties
civiles » !
Il
me souvient
encore de cette
audience du
4 mars 1998
avec le témoignage
de Jean Pierre-Bloch,
âgé de 93 ans,
dernier survivant
du « jury d’honneur
» convoqué en
1981 par Papon,
ce jury d’honneur
qui le disculpera
tout en concluant
qu’il « aurait
dû démissionner
des ses fonctions
en juillet 1942
». Jean Pierre-Bloch
affirma que
l’accusé n’avait
jamais été résistant
contrairement
à ce qu’il voulait
bien faire croire
et, avec humour,
ajouta que si
Papon avait
été résistant,
il ne l’aurait
été que……bien
clandestinement
!
Je
n’ai pas assisté
aux plaidoiries
mais ai encore
souvenance de
ce jeudi 2 avril
1998 où Papon
qui, jusqu’au
bout, et j’insiste
sur ce point,
ne manifesta
aucun regret,
fut condamné
à dix ans de
réclusion criminelle
pour « complicité
de crimes contre
l’humanité »
après une délibération
de 19 heures
et après……….seize
années de procédure
! A noter qu’Arno
Klarsfeld, représentant
Ita et Jacky
Junger (7 et
3 ans) plaida
le 10 mars 1998,
pour « une peine
équitable relevant
que Papon n’était
ni Barbie ni
Touvier ».
«
La-haut » ou
Paroles imaginaires
d’une enfant
de 9 ans (7)
« Pourquoi
tu nous a fait
ça, Monsieur,
on ne t’avait
pourtant rien
fait ? »
«
Monsieur, Monsieur,
je te connais
mais toi tu
ne me connais
pas. Je m’appelle
Charlotte, j’avais
9 ans quand
tu as signé
un papier. Et
à cause de ce
papier, on m’a
enfermée dans
un wagon avec
80 autres enfants
qui tous avaient
peur et beaucoup
pleuraient.
Pourquoi tu
nous a fait
ça, Monsieur,
on ne t’avait
pourtant rien
fait ?
Déjà,
avant, on nous
avait obligés
à porter une
étoile jaune
sur nos habits,
on n’avait plus
le droit d’aller
dans les parcs
jouer avec les
autres enfants
qui n’avaient
pas d’étoile
sur leurs vêtements,
on nous avait
renvoyés de
l’école. Je
ne sais pas
si c’est toi
qui as fait
ça mais c’est
à cause de toi
que j’ai été
jetée dans ce
wagon avec mes
petits frères,
Simon qui avait
5 ans, Maurice
qui avait 3
ans et Léon
qui n’avait
même pas 1 an.
On n’avait plus
nos parents,
ils avaient
aussi été mis
dans des trains
à cause de toi
et on n’avait
plus de nouvelle
d’eux. Pourquoi
tu nous a fait
ça, Monsieur,
on ne t’avait
pourtant rien
fait ?
Notre
train est parti
le 26 août 1942.
Pendant que
les autres enfants
qui ne portaient
pas une étoile
jaune étaient
en vacances
et s’amusaient
à la plage ou
ailleurs avec
leurs papa,
leur maman,
leur frère,
leur sœur, leurs
amis, nous on
étaient là,
entassés dans
ce wagon, on
avait chaud,
on avait soif,
on avait faim,
on avait peur.
Il y en avait
beaucoup qui
pleuraient et
les grands qui
avaient 14,
15 ou 16 ans
consolaient
les plus petits.
Mon petit frère
Léon était le
plus petit,
il n’avait même
pas 1 an. Il
y avait d’autres
enfants qui
comme mes 2
autres frères
avaient 5 et
3 ans et même
moins. Pourquoi
tu nous a fait
ça, Monsieur,
on ne t’avait
pourtant rien
fait ?
Le
train a roulé
longtemps et
on est arrivés
dans un endroit
qui s’appelait
Drancy. Il y
avait plein
de monde qui
portaient l’étoile
jaune comme
nous, il y avait
des messieurs,
des madames,
des papis, des
mamies. Ils
étaient arrivés
de partout en
France dans
des autobus
et dans des
trains accompagnés
par des gendarmes
et des agents
de police français.
C’était horrible
de voir tout
ça. Et puis,
on nous a mis
dans un autre
train, pour
un autre long
voyage de plusieurs
jours et plusieurs
nuits et même
chose, on était
entassés, on
avait chaud,
on avait soif,
on avait faim,
on avait peur.
On faisait pipi
et caca sur
nous et ça sentait
très mauvais.
Pourquoi tu
nous a fait
ça, Monsieur,
on ne t’avait
pourtant rien
fait ?
Et
puis le train
s’est arrêté
dans un endroit
qui s’appelait
Auschwitz. On
nous a fait
descendre, on
nous a bousculés,
on nous a frappés.
Dans le wagon,
des gens étaient
mort pendant
le voyage. Là,
il n’y avait
pas d’agents
de police français
comme à Bordeaux
et à Drancy
mais des militaires
allemands avec
des gros chiens
qui aboyaient.
Il y avait déjà
beaucoup de
monde, d’un
côté des messieurs,
de l’autre des
vieilles personnes,
des madames
qui tenaient
des bébés dans
leurs bras et
des enfants.
A côté du train,
il y avaient
des messieurs
avec la tête
rasée qui portaient
comme des pyjamas
rayés et des
étoiles jaunes.
Pourquoi tu
nous a fait
ça, Monsieur,
on ne t’avait
pourtant rien
fait ?
Tout
le monde a laissé
les petits bagages
qu’ils avaient
pu emporter.
Nous, les enfants,
on a dû se séparer
de nos nounours
et de nos poupées
qu’on avait
encore pu garder
avec nous jusqu’à
maintenant.
On nous a fait
courir, des
messieurs, des
grands garçons,
des grandes
filles et des
madames ont
pris les plus
petits dans
leurs bras.
Quand il
y en avait qui
tombaient, les
militaires allemands
criaient avec
des paroles
qu’on ne comprenait
pas, les frappaient
avec des gros
bâtons ou les
tuaient avec
leurs fusils.
Pourquoi ils
nous faisaient
ça, Monsieur,
on ne leur avait
pourtant rien
fait ?
Et
après, on nous
a fait mettre
tout nus, les
messieurs, les
madames les
enfants et les
bébés. On nous
a fait entrer
dans une grande
pièce où il
y avait comme
des douches
au plafond.
On était tous
serrés, on ne
pouvait plus
bouger. Les
bébés et les
plus petits
étaient tenus
au dessus des
têtes des grands.
Les enfants
et des madames
pleuraient.
J’ai entendu
des Rabbins
et des autres
messieurs qui
faisaient des
prières comme
à la Synagogue.
Les portes de
la pièce se
sont fermées
et de la fumée
est sortie du
plafond. On
avait les yeux
et la gorge
qui piquaient,
on ne pouvait
plus respirer
et on est tous
morts. Après,
ils nous ont
brûlés. Plus
loin, des militaires
allemands jetaient
même des bébés
vivants dans
du feu. Dans
des bâtiments,
des docteurs
allemands faisaient
des expériences
sur des bébés,
des enfants,
des messieurs
et des madames
qui étaient
jumeaux. Pourquoi
ils nous faisaient
ça, Monsieur,
on ne leur avait
pourtant rien
fait ?
On
est tous montés
au ciel, il
y en avait qui
étaient déjà
là et d’autres
sont arrivés
après. Un jour,
un groupe de
44 enfants est
arrivé d’un
endroit qui
s’appelait Izieu.
Une autre fois,
un autre groupe
est arrivé de
Beaune-la-Rolande
et Pithiviers.
Il avaient tous
souffert comme
nous à cause
de gens méchants
comme toi. A
la fin de la
guerre, on était
plus de76000
personnes et
parmi elles
11400 enfants
qui venaient
de France. Mais
il y en avait
qui venaient
de tous les
pays. En tout,
on était 6 millions
avec 1 million
et demi d’enfants.
Pourquoi ils
nous ont fait
ça, Monsieur,
on ne leur avait
pourtant rien
fait ? Et Pourquoi
toi tu nous
a fait ça, Monsieur,
on ne t’avait
pourtant rien
fait ? Et malgré
ça, sur terre,
il y a des gens
qui disent que
tout ça n’a
pas existé,
que ce n’est
pas vrai ou
qu’il n’y a
pas eu autant
de morts. Dernièrement,
en France, un
ancien ministre
important qui
ne doit pas
beaucoup aimer
les Juifs a
dit que tu étais
un monsieur
très bien et
que tu n’aurais
pas mérité d’être
jugé parce que
tu n’avais fait
que ton devoir.
C’était ton
devoir, Monsieur,
d’envoyer des
innocents à
la mort ? Il
devrait avoir
honte ce monsieur
qui est maintenant
devenu vieux.
Nos Parents
et nous, on
n’a pas eu cette
chance de devenir
vieux et pourtant,
on n’avait rien
fait de mal.
On était seulement
Juifs.
Tu
sais, du ciel
on voit tout
et on sait tout
même quand on
arrive ici tout
petits. On a
tous vu comment
toi, qui avais
été très méchant
avec nous, tu
as été honoré
après le guerre.
Tu as été un
monsieur très
important, tu
as eu plein
de décorations
qui ici ne te
serviront à
rien. Nous,
on se demandait
bien pourquoi,
on ne comprenait
pas.
Et puis
un jour tu as
été attrapé
grâce à un Monsieur
de Bordeaux
qui s’appelle
Slitinsky. Sa
famille avait
été arrêtée
à cause de toi.
Il y a aussi
un Monsieur
qui s’appelle
Klarsfeld qui
a fait beaucoup
de recherches
pour attraper
des gens comme
toi et des autres
criminels. Grâce
à lui, il existe
maintenant des
livres où on
peut voir nos
photos et savoir
plein de choses
sur nous (8).
Heureusement
qu’il y a des
gens comme ce
Monsieur sur
la terre !
Heureusement
aussi qu’il
y avait des
gens gentils
en France qu’on
appelle des
Justes qui ont
sauvé des Juifs
et qui ont caché
beaucoup d’enfants
qui ont eu plus
de chance que
les 11400 enfants
que nous sommes
ici. Toi en
bas, sur terre,
tu as une tombe
avec ton nom
et des fleurs.
Pour nous, il
n’y a pas de
tombe. Mais
grâce à Monsieur
Klarsfeld, on
commence à nous
connaître et
savoir qui on
était. Grâce
à Monsieur Klarsfeld,
il y a des plaques
sur les murs
des écoles où
on allait avant
qu’on porte
l’étoile jaune
et qu’on nous
renvoie.
Tu
sais, du ciel
on voit tout
et on sait tout
même quand on
arrive tout
petits. On a
tous vu comment
tu as été jugé
et comment tu
ne regardais
même pas nos
familles ni
ceux qui venaient
dire ce qu’ils
savaient. On
a tous entendu
dire que tu
referais ce
que tu as fait
si c’était à
refaire. Pourquoi
tu as dit ça
et pourquoi
tu nous a fait
ça, Monsieur,
on ne t’avait
pourtant rien
fait ? On a
vu comment on
faisait attention
à ta santé.
Tu as eu de
la chance parce
que toi, tu
ne t’es pas
inquiété de
tout ça pour
nous. On nous
a fait souffrir
et on nous a
tués.
Après
la fin de la
guerre, il y
a d’autres Juifs,
des enfants,
des messieurs
et des madames
qui sont arrivés
ici.
Ils
venaient d’un
pays, Israël,
que je ne connaissais
pas. Ils avaient
été tués avec
des bombes et
des fusils par
des gens qu’on
appelle des
Arabes. Ils
n’avaient pas
des prénoms
comme nous,
ils s’appelaient
Shalevet, Golda,
Noam,
Matan, Rony,
Samy, Moshe,
Ehoud, Lior,
Mataï et plein
d’autres prénoms
encore qu’on
n’avait pas
en France. Pourquoi
des gens comme
toi, pourquoi
des Allemands,
pourquoi des
Arabes et pourquoi
plein d’autres
gens encore
nous ont fait
ça, Monsieur,
on ne leur avait
pourtant rien
fait ?
Si
je n’avais pas
été tuée à cause
de toi, j’aurais
maintenant 74
ans, je serais
une mamie, j’aurais
eu des enfants
et des petits-
enfants qui
peut être auraient
été docteurs,
ingénieurs,
écrivains, journalistes
et même avocats
et juges, comme
les juges qui
t’ont condamné
pour tout le
mal que tu nous
a fait. Si les
6 millions de
Juifs n’avaient
pas été tués,
il y aurait
eu en bas, sur
terre, plus
de chercheurs
et plus de docteurs
et peut être
que beaucoup
de maladies
n’existeraient
plus maintenant.
Il
y a quelques
semaines, un
Monsieur qui
s’appelle l’Abbé
Pierre est arrivé
ici. C’est quelqu’un
qui a fait beaucoup
de bien sur
la terre. Mais
il était l’ami
d’un monsieur
qui disait que
ce qui nous
est arrivé n’était
pas vrai. Et
il y a quelques
jours, une Madame
qui s’appelle
Lucie Aubrac
est aussi arrivée