ISRAEL ON T'AIME

  

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  La démocratie selon Sharon

 
      La livraison hebdomadaire de Caroline Click, parue dans le 'Jerusalem Post', et reprise dans la JWR. 
      Une saine réflexion sur la démocratie en Occident, avec des "études de cas".

      Simon Pilczer

    Jewish World Review  3 Juin 2005 /25 Iyar, 5765 La démocratie selon Sharon
    Par Caroline B. Glick
    http://www.jewishworldreview.com/0605/glick060305.php3?printer_friendly
    Adaptation française de Simon Pilczer ©, volontaire de l’IHC
    Jeudi après-midi, l’avocat personnel du Premier Ministre Ariel Sharon Dov Weisglass annonça une initiative politique majeure pendant un discours à l’Université de Tel Aviv. Weisglass déclara que après la fin de l’expulsion de 10.000 Israéliens de leurs villages à Gaza et du nord de la Samarie, Israël expulserait encore d’autres citoyens de leurs foyers en détruisant les soi-disant « communautés nos autorisées » en Judée et dans le reste de la Samarie.

    Cette déclaration est remarquable pour deux raisons. D’abord, elle contredit totalement les déclarations que Weisglass a faites il y a deux ans au journal ‘Haaretz’ selon lesquelles le retrait de Gaza et du nord de la Samarie serait le dernier retrait d’Israël pour des années. Spécifiquement, Weisglass déclara alors que, après le retrait programmé aurait eu lieu, « il n’y avait pas d’agenda pour exécuter le cauchemar des pionniers [de nouvelles expulsions dans des communautés supplémentaires]. J’ai remis ce cauchemar indéfiniment. Parce que ce à quoi j’ai donné mon accord avec les Américains était qu’une partie des implantations ne serait pas soumise à la moindre négociation, et le reste ne serait pas négocié jusqu’à ce que les Palestiniens se transforment en Finlandais ». Alors était-ce un mensonge, ou peut-être ment-il maintenant ? En tous cas, la déclaration de Weisglass jeudi prouve sans contredit possible qu’il n’a aucune crédibilité personnelle.

    La deuxième raison pour laquelle la déclaration de Weisglass est remarquable est que cette annonce Politique majeure est survenue apparemment d’un air léger. Il n’y a pas eu de débat au gouvernement concernant les destructions de ces communautés au cours des semaines récentes. Il n’ y a pas eu de défense publique pour ce choix de la part de Sharon ou Weisglass. Il n’y a pas eu de rapport de travail gouvernemental confié aux forces de Tsahal ou aux membres des services civils pour peser les avantages et les inconvénients du plan annoncé, et bien sûr, l’annonce est venue sans mentionner ce qui résultera d’une telle décision.

    Dans une déposition devant le comité du contrôleur de l’Etat à la Knesset mardi, Sharon fut mis sur le gril par les membres du comité sur le travail de l’équipe qui précéda sa décision de retrait de Gaza et du nord de la Samarie. Le M K [membre de la Knesset, parlementaire israélien, ndt] Yuri Shtern tenta de trouver quelles options politiques le plan mettait en balance, et à quel objectif stratégique le plan était supposé répondre. D’autres membres du comité demandèrent que Sharon décrivent le travail de l’équipe concernant  le renforcement des communautés en Judée et en Samarie, et les plans de réinstallation des Israéliens désormais promis à l’expulsion.

    Sharon refusa de répondre à aucune de ces questions, optant à la place pour le procédé de raconter des plaisanteries, d’attiser et de traiter avec condescendance les membres féminines du comité, en lisant des déclarations sans importance d’un texte préparé dont il ne dévia pas. La couverture presse de la réunion fut généralement bienveillante envers Sharon. Les présentateurs s’emballèrent sur son charme et son esprit, ce qui lui permit de sortir indemne du comité sans répondre à une seule question.

    Aux USA, la grande affaire de la semaine fut la révélation de l’identité de « Gorge Profonde » [‘Deep Throat’ en anglais, ndt] – la source presque mythologique de la couverture par des journalistes du ‘Washington Post’ Bob Woodward et Carl Bernstein du scandale du Watergate. Le reportage du fait que « Gorge Profonde » était W. Mark Felt, le numéro 2 d’alors du FBI, a été remarquablement mis en avant sur la nature des motivations de Felt pour mettre à terre l’administration Nixon en laissant échapper des informations privilégiées à Woodward. Même le ‘Washington Post’ nota que Felt était mû par la volonté d’agir contre Nixon au moins en partie pour des motivations inconvenantes. D’un côté, Felt avait une animosité personnelle à l’égard de Nixon après que le Président ait empêché sa nomination pour remplacer J. Edgar Hoover en tant que directeur du FBI quand Hoover mourut en 1972. D’un autre côté, Felt prit ombrage du fait que Nixon tentait de ramener le FBI – qui pendant près d’un demi-siècle sous la gouverne de Hoover, opérait au-delà de la supervision de tout organisme gouvernemental – sous le contrôle de l’exécutif. A un certain degré donc, à la lumière du rôle central de Felt dans la démission honteuse de Nixon, on peut dire que le Watergate a été une guerre entre la Maison Blanche corrompue et le FBI corrompu, et c’est le FBI corrompu qui gagna.

    Le fait qu’aujourd’hui la presse des USA soit capable d’un regard critique vis-à-vis du rôle joué par Felt montre que les médias américains ont fait un long chemin depuis leur soutien monolithique pour quiconque avait quelque chose de mauvais à dire contre Nixon depuis 33 ans. A l’opposé de la situation dans les années 1970, aujourd’hui les médias des USA ne sont pas monolithiques. La compétition idéologique entre les débouchés des principaux différents médias aux USA aujourd’hui signifie que les parti pris d’un camp sont souvent annulés par les parti pris de l’autre camp, et à l’équilibre, il en reste un débat médiatique raisonnablement sophistiqué et crédible sur les questions du jour.

    Quand des officiels de haut rang de la CIA tentèrent pendant la course aux élections présidentielles de 2004 de rapporter la défaite du Président George W. Bush dans les sondages, en laissant constamment échapper des affaires dommageables sur Bush et ses conseillers à la presse, la CIA elle-même fut placée sous investigation des médias. Là aussi, quand CBS essaya de porter vers la défaite de Bush en rapportant des documents embarrassants concernant son service militaire dans la Garde Nationale Aérienne du Texas, la presse de droite prouva presque immédiatement que les documents étaient des faux, et ainsi CBS, autrefois immunisée contre la critique, se vit aussi mise en question sur son professionnalisme.

    Sur le marché compétitif des medias existant aujourd’hui en Amérique, il est Presque impensable qu’une nouvelle « Gorge Profonde » puisse émerger et échapper à toutes les questions sur ses motivations. Et cela est le bon côté. L’investigation des médias de gauche sur les proclamations de Bush, déclarant que l’Irak sous Saddam avait un arsenal d’armes de destruction massive, ne prit pas fin suite à la révélation que la plus grande part du matériel lié à cette question provenait de la CIA opposée à Bush, et des officiels du département d’Etat [Ministère des Affaires Etrangères, ndt]. Là encore, si Felt avait été exposé en 1973, Nixon aurait fort bien pu être obligé à la démission, mais le public aurait aussi eu une chance de comprendre la nature du jeu sous-jacent, et le choc encouru par le système politique des USA suite au scandale du Watergate aurait pu être tempéré.

    En France et en Hollande cette semaine, nous avons vu de nouveau ce qui advient quand les medias et les élites politiques opèrent depuis trop longtemps en dehors du domaine du regard public. Si les gouvernements français et hollandais, et le reste des élites de l’UE avaient investi du temps au cours des quelques 30 dernières années, pour débattre des ramifications de l’intégration européenne avec leurs citoyens, alors l’humiliation que leur peuple leur a renvoyés lors des élections cette semaine, en rejetant massivement la constitution verbeuse et énigmatique qu’ils avaient rédigées, aurait été probablement annoncée.

    Ce qui conserve les sociétés démocratiques sur une ligne stable et allant de l’avant, c’est le constant aller et retour entre les dirigeants et le peuple, de même que le motif pour lequel certains entreprises réussissent alors que d’autres échouent, vient de ce que certains prêtent attention aux besoins de leurs consommateurs et actionnaires, alors que d’autres font attention aux besoins de leurs hauts dirigeants.

    Le ‘Haaretz’, journal des élites israéliennes narcissiques, a fait un éditorial avec un sourire méprisant sur ce que la leçon du vote français est qu’il est mal avisé de faire confiance au peuple pour prendre d’importantes décisions. « Ce qui ressort clairement » pontifie le journal, « est le danger inhérent quand une démocratie représentative abandonne l’autorité de décision de ses représentants élus. Législatures, gouvernements, et dirigeants de la branche exécutive sont élus de manière à supporter la charge de la prise des décisions difficiles. Abandonner cette responsabilité et la transférer au grand public fait passer le vote du domaine de l’intellect au domaine de l’émotion ».

    En Israël aujourd’hui, il n’y a pas de débat sur rien de substantiel. Nos médias uniformément de gauche, et notre establishment légal bloquent toute discussion sur les ramifications du plan de retrait de Sharon, limitant le regard public sur la meilleure manière de punir ceux qui s’y opposent publiquement. Plutôt que de discuter les implications de donner Gaza à l’AP qui, sous le président « démocratiquement élu » Mahmoud Abbas, a fait tout ce qui est son pouvoir pour renforcer les éléments terroristes de la société palestinienne, nous discutons la question de savoir si des mineurs arrêtés pour bloquer la circulation afin de contester le plan devraient être autorisés à prendre leur inscription universitaire et [à passer leurs] examens en prison.

    Plutôt que de discuter comment les plans de Sharon pour demeurer sur le reste de la Judée et la Samarie, nous avons un reportage exclusif sur des extrémistes de droite qui ont pris le contrôle de l’hôtel de Neve Dekalim à Gaza avant le plan de retrait.

    Plutôt que de discuter pourquoi c’est Sharon qui a décidé d’évacuer quatre communautés dans le nord de la Samarie, alors que Tsahal [Forces de Défense d’Israël, ndt] et le Shin Beth [services de Sécurité intérieure d’Israël, ndt] déclarent qu’en toute hypothèse, Tsahal devra rester sur place pour empêcher des attaques de mortier et de roquettes sur Tel Aviv et Kfar Saba, on nous dit que les opposants au plan sont des voyous antidémocratiques qui n’ont pas de loyauté envers l’Etat.

    Plutôt que de discuter le fait que le Premier Ministre a sans doute contrevenu à la loi en ne coopérant pas lors d’une audition à la Knesset, on nous raconte combien il fut charmant et drôle en évitant des questions irritantes de la part de parlementaires ringards qui n’étaient encore pas dans le coup.

    Et plutôt que de discuter le statut des relations du gouvernement avec la Maison Blanche, qui a clairement augmenté son soutien à l’AP, et diminué son soutien à Israël au cours des 18 derniers mois, nous sommes régalés d’histoires sur la manière dont Sharon s’est vanté auprès du Président d’avoir plus de vaches dans son ranch en Israël, que Bush n’en a dans son ranch au Texas.

    Ce que nous avons appris de l’expérience américaine du Watergate et de l’expérience européenne avec leur constitution , c’est que, quand les élites gouvernementales et médiatiques ignorent ou trompent leurs sociétés, la stabilité de la société et les institutions démocratiques sont toujours les plus grandes victimes. Sharon, en prenant les plus importantes décisions affectant l’avenir de la société israélienne au cours de réunions secrètes avec ses fils, ses avocats, et des attachés de presse, en recherchant seulement l’approbation des élites à leur propre service, coupées depuis longtemps du public le plus large qu’ils considèrent comme stupide, superficiel et passionnel, suit les pires traditions des politiciens corrompus à travers le monde occidental. Et à moins d’être contraint par la Knesset, les médias et les citoyens dans l’ensemble, d’abandonner cette voie, les plus pénibles conséquences ne vont pas tarder à survenir.

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