La
veille du mois
de Adar, donc
deux semaines
avant Pourim,
Papon quittait
ce monde, rejoignant
Aman et tous
les descendants
d’Amalec persécuteurs
de Juifs dont
il nous est
prescrit, nous
l’avons encore
entendu Chabbat
dernier, « d’effacer
sa mémoire de
dessous les
cieux et de
ne point oublier
», « zakhor
ve lo tichka
».
«
Se distinguant
», voilà qu’un
ancien Premier
ministre vieillissant
(1), proche
dit-on de l’Opus
Dei, se prétendant
« victime du
lobby juif capable
de monter des
opérations indignes
», auteur de
l’indécente
déclaration
d’octobre 1980
lors de l’attentat
contre la Synagogue
de la rue Copernic
faisant une
différence entre
des Juifs en
prières et des
« Français innocents
», déclenche
maintenant la
polémique en
affirmant que
Papon aura été
« un bouc émissaire
» (2) et « insiste
» à nouveau
sur les « Français
innocents ».
Il rappelle
au passage son
amitié pour
Gollnish, cet
homme condamné
pour propos
négationnistes.
Et
de me poser
cette question,
peut être saugrenue,
voire naïve
:
« pourquoi
aucun des candidats
déclarés à l’élection
présidentielle
ne s’est, à
ma connaissance,
exprimé sur
cette affaire
Barre » ?
Et
de me souvenir
que le 7 novembre
1999, j’écrivais
le texte ci-dessous
que je retrouve
tout à fait
par hasard dans
mes archives.
Mais y a-t-il
des hasards
chez nous ?
Caïn,
Victor Hugo
et....Papon
«
L’œil était
dans la tombe
et regardait
Caïn » conclut
le poète à qui
Papon, « le
misérable »,
eut le front
de se comparer.
Mais, ne s’était-il
pas déjà comparé,
c’est un comble,
au Capitaine
Dreyfus ? Si
Victor Hugo
s’exila 18 ans
suite au coup
d’Etat de L.-N.
Bonaparte pour
échapper à la
police, Papon,
18 ans après
le début de
l’instruction,
a fui pour échapper
à la justice
(3), refusant
de collaborer
avec elle en
1999, lui qui
collabora si
bien en 1940.
Ce
même Papon,
si respectueux
des lois sous
Vichy, ne les
respecte plus
maintenant,
s’enfuyant comme
un vulgaire
voleur.
Ce
même Papon qui,
haut fonctionnaire,
traquait ceux
qui avaient
de faux papiers,
fut arrêté avec
un faux passeport.
Comme eux, il
emprunta un
nom, mais pas
n’importe lequel,
un nom à particule,
s’il vous plaît
!
C’est
de sa main que
Caïn tua. Papon
le fit avec
son stylo, signant
des listes d’hommes,
femmes, vieillards,
enfants, bébés
dont le seul
crime était
d’être Juifs.
Caïn eut des
remords (l’œil,
sa conscience,
le regardait).
Papon n’en eut
aucun d’avoir
fait entasser
ces malheureuses
gens sans défense
dans des wagons
en direction
de Drancy…et
de la mort.
Pendant
près de 60 ans,
ce n’est pas
un œil qui regarda
Papon mais 1690
paires d’yeux,
dont 250 d’enfants,
des yeux qui,
de là-haut,
suivirent ses
faits et gestes
du temps de
sa superbe jusqu’à
sa lamentable
et, heureusement,
courte cavale
puis son incarcération.
Ces pauvres
yeux qui ne
devaient pas
comprendre pourquoi
cet homme, couvert
d’honneurs alors
qu’il aurait
dû l’être de
honte, eut une
telle carrière
sans être inquiété.
Ces yeux, enfin
apaisés, justice
leur ayant été
rendue...après
plus d’un demi
siècle !
Lorsque
Papon aura quitté
ce monde, le
plus tard possible
afin qu’il purge
la peine infligée
par la justice
des hommes avant
d’affronter
celle de D.ieu,
il n’y aura
pas, comme pour
Caïn, un œil
dans sa tombe
pour le regarder.
Caïn,
premier criminel
de l’Humanité
avait une conscience,
Papon, non !
Charles
Etienne NEPHTALI
(1)
Sous la présidence
de M Giscard
d’Estaing, ce
Président qui,
répugnant de
se rendre en
Israël, se «
contenta » de
regarder ce
beau pays à
la jumelle.
(2)
Le 17 octobre
1997, devant
la Cour d’assises
de la Gironde,
lors de sa déposition
de 10 minutes,
M. Barre déclara
que Papon était
une homme «
dévoué et efficace
».
(3) Le
20 octobre 1999,
Papon tenta
vainement de
s’enfuir en
Suisse. Arrêté,
il fut déchu
de son pourvoi
en cassation.