Publié
par Pilar Rahola
Le 14/11/2007
Il
y a trois choses
qu'Allah n'aurait
jamais du créer
: "les
Perses, les
juifs et les
mouches".
Ainsi
lue, c'est cette
phrase que Saddam
Hussein obligeait
les enfants
d'Irak à répéter.
Elle semble
grotesque et
bien entendu
barbare. Dans
Notre Europe
arrogante et
civilisée, jamais
nous NE dirions
quelque chose
de ce genre
: nous n'avons
rien contre
les Perses,
in contre les
mouches. Je
dirais plus,
les mouches
sont agaçantes,
mais s'inscrivent
de telle manière
dans Le paysage
méditerranéen
qu'elles Ont
fini par devenir
bien acceptées.
Et, bien entendu,
les Perses nous
sont sympathiques.
De sorte que
nous pouvons
respirer tranquillement.
Seule la haine
Des juifs nous
unit à Saddam
Hussein.
Serait-ce
cette haine
qui a conduit
tant de manifestants
à brûler les
drapeaux frappés
de l'étoile
de David pendant
qu'on hurlait
Des slogans
en faveur de
Saddam ? La
judéophobie
serait-elle
Le lieu symbolique
commun où Arabes
et Européens
se rencontrent,
se reconnaissent
et s'aiment
? Et, EST-ce
cette même judéophobie,
celle qui convertit
un despote corrompu
et violent comme
Arafat en un
résistant romantique
? Serait-ce
toujours elle
qui transforme
Le nihilisme
terroriste palestinien
en une sorte
de poésie épique
libératrice
?
Je soutiens
maintenant et
aujourd'hui,
pour Le malheur
de Notre continent
contradictoire
capable de créer
pour Le monde
les bases de
la démocratie
et en même temps
de créer les
termites les
plus actifs
qui tentèrent
de Le détruire,
Le stalinisme
et Le fascisme,
je soutiens
que nous sommes
en train de
revenir vers
les vieux démons
qui nous sont
propres : de
nos jours, sur
les fondements
du vieil antisémitisme
exterminateur
qui forme Notre
pensée collective
la plus profonde,
nous sommes
en train de
construire un
nouvel antisémitisme
actif et pervers.
"Un antisémitisme
sans juifs".
Le phénomène
EST en train
de s'élaborer
en parallèle
avec deux attitudes
complémentaires,
les deux également
suicidaires
: l'anti-américanisme
et l'indifférence
face à l'apparition
et l'installation
d'un nouveau
totalitarisme
: l'intégrisme
islamique. Telles
sont les flèches
tirées dans
une même direction
préoccupante
: l'apparition
du conformisme
de la pensée
européenne capable
de mobiliser
les rues et
les consciences
d'Europe et
qui se fonde
sur Des piliers
qui portent
Le germe de
la destruction.
Selon moi,
ce IL y a de
plus grave,
et à la lumière
de Mon propre
militantisme
progressiste,
EST que cette
pensée unique
EST de gauche.
De gauche Le
nouvel antisémitisme
européen maquillé
en anti-sionisme,
de gauche Le
panarabisme
romantique qui
en arrive à
minimiser Le
terrorisme;
et partagé avec
une certaine
droite, c'est
à la gauche
qu'appartient
l'anti-américanisme
farouche don't
nous souffrons.
Is nous sommes
d'accord pour
admettre que
c'est la gauche
qui modèle les
idées les plus
prestigieuses
de Notre société
et que les intellectuels
de gauche sont
les défenseurs
du progrès,
alors nous tomberons
d'accord sur
Le grave problème
qui EST Le nôtre.
Parlons de celui-ci,
du nouvel antisémitisme
et Des deux
pattes velues
qui l'accompagnent.
Les
nouveaux antisémites
NE se reconnaissent
pas comme tels.
L'antisémitisme
EST une expression
classique de
l'extrême droite
et pour autant
la gauche Le
déteste et Le
récuse. Néanmoins
Le parapluie
de l'anti-sionisme
ou directement
de l'anti-israélisme
EST beaucoup
plus facile
à porter. Il
protège bien
de la pluie
de la critique
et permet de
porter un masque
don't on peut
se nourrir intellectuellement.
EST Martin
Luther King
qui écrivit
cette phrase
à un ami anti-sioniste
: "Les
temps NE permettent
plus de manifester
ouvertement
une impopulaire
haine Des juifs;
ceci étant,
l'antisémite
cherche de nouvelles
formes et de
nouveaux forums
où IL pourra
distiller son
venin. Maintenant,
IL Le cache
derrière un
nouveau masque,
maintenant IL
NE déteste plus
les juifs, IL
EST seulement
anti-sioniste".
Trente-six
ans après, cette
phrase EST plus
d'actualité
que jamais,
de sorte que
l'anti-sionisme
et la démonisation
féroce d'Israel
se sont converties
en un passage
obligé pour
la pensée de
gauche. Comme
is dans Le catéchisme
non écrit de
la gauche IL
existait un
dogme inébranlable
: ou TU es anti-sioniste,
ou TU n'es pas
de gauche. Moi-même,
dans Mon pays,
je suis expulsée
du paradis de
la gauche par
certains gourous
du dogme chaque
fois que je
NE pratique
pas Le tir intellectuel
contre Le juif,
pardon, contre
Le sioniste,
pardon, contre
l'Israélien.
Mais tout cela
n'a-t-IL pas
Le même sens
dans la grammaire
antis?mite ?
Le
résultat EST
celui qui s'offre
à nos yeux dans
as forme la
plus tangible
: la douloureuse
agression que
subissent les
communautés
juives dans
divers pays.
Depuis Des vetos
personnalisés
- ce qui permettrait
d'expliquer
Des situations
durcies en Espagne
- jusqu'à la
violence physique
qu'eurent à
subir les juifs
pacifistes dans
la célèbre manifestation.
Mais l'enracinement
Le plus profond
du nouvel antisémitisme
se situe au
coeur de la
Terre sainte
et on tire sur
Israél comme
on tire aux
pigeons. Israel
EST actuellement
une authentique
obsession pour
la gauche européenne
et l'exemple
Le plus remarquable
Des tics fascistes
que la gauche
peut présenter.
Voici quelles
sont mes accusations.
·
manipulation
informative
·
criminalisation
de la légitimité
de l'Etat d'Israel
·
minimisation
Des victimes
juives
·
banalisation
de la Shoah
·
et indifférence,
lorsqu'il n'y
a pas applaudissement,
devant les ravages
terroristes
de l'intégrisme.
D'abord,
j'accuse la
gauche d'assassiner
l'information
à coup de propagande
La manipulation
de l'information
de ce qui se
passe au Moyen-Orient
est si grossière
et excessive
qu'elle passera
dans les annales
du journalisme
comme exemple
d'intoxication
de masse.
Combien
de principes
du journalisme
font faillite
dans l'information
que sert la
majorité des
media européens
: absence de
contrôle des
sources, interprétation
tendancieuse
et manipulation
des faits, ridiculisation
du principe
d'objectivité,
indifférence
devant ce qui
devrait être
le désir ardent
de tout informateur
: la vérité.
Je sais
qu'on me dira
que l'objectivité
n'existe pas,
et encore moins
dans le journalisme,
mais entre l'objectivité
pure et la subjectivité
militante, il
y a un large
fossé qu'un
journalisme
sérieux pourrait
combler, et
qu'il ne comble
pas dès qu'il
s'agit du Moyen-Orient.
La grammaire
de ce nouveau
journalisme
se soumet au
jour le jour
à la presse
influente d'Europe
occidentale,
et cette dernière
est si puissante
que la grammaire
en question
ne saurait même
se déprendre
de la célèbre
et mythifiée
BBC.
Cette
grammaire a
ses règles précises
:
il ne
saurait être
question de
terroristes
mais de miliciens.
il
n'y a jamais
de victimes
juives toute
action palestinienne
est naturellement
bonne et a priori
défensive toute
action israélienne
est entachée
de criminalité
il n'existe
pas de bourreaux
palestiniens
il n'existe
pas d'ingérence
internationale
la corruption
d'Arafat n'existe
pas et comme
elle n'existe
pas, son passé
violent n'existe
pas davantage
et, évidemment,
la démocratie
israélienne
n'existe pas.
L'attentat
quotidien que
l'information
subit du fait
de la propagande,
avec la plus
totale impunité,
n'est ni fortuit,
ni spontané.
J'accuse donc
la presse européenne
de manipuler,
de mentir et
de changer les
règles de l'information
au Moyen-Orient.
Sa neutralité
est sans aucun
doute une neutralité
pro-palestinienne.
En
second lieu,
j'accuse la
gauche de banaliser
la Shoah, fait
qu'on ne peut
considérer en
aucun cas comme
mineur. L'attitude
de nombreux
collectifs activistes
parfaitement
repérables dans
les manifestations
pacifistes de
ces derniers
jours, tout
comme l'action
de nombreux
intellectuels
de gauche qui
se sont servis
de la tragédie
de l'Holocauste
comme d'une
arme contre
Israel, tout
cela restera
inscrit sur
les murs de
la honte européenne.
Le
point culminant
de ce mépris
profondément
cruel, à savoir
utiliser contre
les victimes
de la Shoah
leur propre
martyre est
une manière
de les tuer
deux fois. Et
c'est le cas
des déclarations
de Saramago
à Djénine. A
ce propos, voilà
ce que j'ai
à dire. Saramago
constitue l'exemple
le plus emblématique
d'une affirmation
innommable -
quelqu'un peut
écrire de façon
angélique et
penser de manière
démoniaque.
En
1884, Auguste
Bébel avait
déjà appelé
cela "le
socialisme des
imbéciles".
Mais cela n'est
pas seulement
une imbécillité.
Le hasard, si
étonnamment
poétique parfois,
fait que j'écris
ces lignes alors
que je suis
encore sous
le choc de la
visite du musée
de l'Holocauste
à Washington.
Comme le dit
ce grand bâtisseur
de la mémoire
qu'est Claude
Lanzmann, la
Shoah est "la
mort de l'âme
humaine".
Face à son
souvenir, aucun
citoyen du monde
ne peut rester
indifférent,
mais par dessus
tout, aucun
Européen ne
peut être étranger
à cet événement.
L'Europe
a créé cette
pensée totalitaire
du christianisme
qui convertit
tout un peuple
en déicide (après
avoir entendu
les âneries
de Mel Gibson
je suppose qu'on
n'ira jamais
plus le voir
au cinéma).
L'Europe,
ce fut l'Inquisition
espagnole, ce
fut Luther qui
tenait les juifs
comme une plaie
au coeur de
la terre.
L'Europe,
ce fut la démonisation,
la persécution,
la culpabilisation
de la mort de
ce qu'elle avait
de meilleur
dans son propre
corps : son
âme juive.
L'Europe,
ce fut le Vatican
et ses collaborateurs
avec les nazis.
Auschwitz
n'est pas une
contingence
tragique de
l'histoire,
une espèce d'erreur
perverse. Auschwitz
est la dernière
étape d'un long
processus de
destruction,
et en cela,
il n'est pas
exagéré d'affirmer
que l'Europe
si profondément
juive, se détruisit
elle-même avec
la Shoah. Ce
qui reste aujourd'hui
de l'Europe,
ce sont les
restes du naufrage,
un continent
séquestré par
ses propres
démons et qui
a perdu sa dignité.
C'est pourquoi
banaliser la
Shoah est quelque
chose de bestial
et de pervers.
Et qui plus
est, que ce
soit la gauche
qui en soit
responsable,
elle qui a pour
vocation d'être
la gardienne
la plus fidèle
de la justice
et de la liberté,
est un acte
de trahisEST
UN NOUVEL ANTISEMITE
:
- celui
qui n'est pas
horrifié que
le Mein kampf
d'Hitler et
les abominables
Protocoles des
Sages de Sion
soient des best
sellers dans
le monde arabe.
-
celui qui répète
les vieilles
antiennes qui
font des juifs
des êtres démoniaques,
et spécialement
à partir d'énoncés
intellectuels.
-
celui qui s'amourache
de la poésie
épique du terrorisme
palestinien
et qui, porté
par un anti-américanisme
pathologique,
refuse de voir
les dangers
de l'intégrisme
islamique.
-
celui qui a
fait d'Israel
un nouveau parapluie
pour un vieux
démon
J'en
termine avec
cette conviction
: le puzzle
de l'antisémitisme
retrouve une
nouvelle vigueur.
Et en voici
les pièces :
La
première pièce
est le subconscient
européen résistant
aux leçons de
l'histoire et
insensible aux
vaccins qui
tentent de tuer
définitivement
le virus antisémite.
L'Europe s'est
débarrassée
de sa peau juive,
mais elle n'a
pu se défaire
de sa vieille
haine.
La
deuxième pièce
est un néo-catholicisme
populiste plus
ou moins extrêmiste
qui s'enracine
dans la judéophobie.
La
troisième pièce
est une pensée
de gauche qui,
sans avoir liquidé
son passé totalitaire,
s'amourache
de nouvelles
épopées, elles
aussi totalitaires.
Elle crée ainsi
les fondements
d'un antisémitisme
plus dangereux
parce que la
gauche lui donne
du prestige,
lui offre une
couverture intellectuelle
et lui donne
des armes idéologiques.
La
quatrième pièce
est l'anti-américanisme
européen issu
d'un double
complexe que
traîne l'Europe
: un grand complexe
de supériorité
- ce n'est pas
en vain qu'elle
est le trouver
une solution
à une seule
de ses propres
tragédies. Bien
évidemment l'anti-américanisme
est par définition
anti-sioniste.
La
cinquième pièce
est l'intégrisme
islamiste, idéologie
totalitaire
et nihiliste,
ouvertement
ennemi de la
modernité et
dont le fondement
est l'antisémitisme.
Il faut admettre
que berceau
]de la modernité
- un énorme
complexe d'infériorité
car elle est
incapable de
l'existence
d'un million
deux cent mille
musulmans dans
des tyrannies
théocratiques
ne facilite
en rien la lutte
contre la judéophobie.
Territoire
commun de plus
d'un dogmatisme
manichéen, la
judéophobie
actuelle trouve
de nouveaux
camouflages;
elle croit et
prospère. Aujourd'hui
ici, devant
l'UNESCO, protégée
par cet exemple
d'héroïque ténacité
et de dignité
que constitue
le centre Simon
Wiesenthal,
j'accuse la
gauche européenne,
ma gauche, de
servir de couverture
intellectuelle
au nouvel antisémitisme
qui existe en
Europe, une
gauche qui s'est
trahie elle-même
en trahissant
la démocratie.
A
nouveau, en
Europe, il est
difficile d'être
juif, alors
que l'Europe
la plus européenne
qui ait jamais
existé n'a jamais
été l'Europe
juive. Notre
tendance au
suicide est
malheureusement
pathologique.
Je l'affirme
parce que je
suis européenne,
et comme telle,
je me sens juive
face à l'antisémitisme,
seule position
morale qui puisse
rédimer un Européen
de son passé
honteux.
Merci
pour m'avoir
invitée.
Shalom
CONFERENCE
A L'UNESCO PARIS
Pilar
Rahola, est
écrivain, ex-députée
du Parti Socialiste
Espagnol (démissionnaire
a cause de la
politique menée
par le PSOE
et IU de Catalogne)
Texte
sélectionné
par Victor Perez