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« Vite, vite, venez tous, venez tous voir, il y a
plein de ballons blancs qui arrivent d'en bas, de la terre où on habitait il
y a longtemps. Il y a même notre prénom et notre âge qui sont accrochés aux
ballons » s'écrièrent Eliane et Léon, 6 ans, qui « étaient au ciel » depuis
65 ans déjà. Ils appelaient les 83 autres « tout-petits » qui étaient avec
eux. Oui, effectivement, « en bas », des enfants des écoles du 3ème
arrondissement lisaient les noms des 85 « tout petits » enfants Juifs, ces
toute petites victimes innocentes et, à chaque évocation d'un nom, un
ballon blanc avec accroché ledit nom était lâché. Tous ces enfants
habitaient le 3ème arrondissement de Paris. Ils avaient, comme les 500
enfants Juifs qui fréquentaient les écoles de cet arrondissement, été
raflés avec leur Maman avant de commencer un effroyable et inhumain
périple, le Vel d'Hiv, Pithiviers, Beaune-la-Rolande (1), Drancy,
effroyable et inhumain périple qui s'acheva à Auschwitz dans les chambres à
gaz et les fours crématoires où ils « rejoignirent » leurs Parents, comme
on le leur avait « promis ». Mais ils les « rejoignirent » dans les
cheminées des crématoires.
« Venez tous voir, il y a plein de monde
en bas dans le parc où n'avait pas le droit de jouer » s'écria à son tour
Léon, 5 ans. « Mais tu sais bien que Françoise ne sait pas encore marcher,
elle a à peine 2 mois, Roland non plus, il n'a 5 que mois, Louis, Liliane,
Simon et Thérèse non plus, ils n'ont que 1 an » lui répondirent Bernard et
Claudine, 6 ans. Oui, effectivement, « en bas », nous étions 200 environ
à avoir répondu, dans cet après-midi froid et maussade du 26 octobre,
quelques heures avant l'entrée de Chabbat, à l'invitation du M. Pierre
Aidenbaum, Maire du 3ème arrondissement, de Mme Camille Montacié, 1ère
adjointe au Maire et de l'Association Histoire et Mémoire du 3ème
arrondissement pour le dévoilement d'une stèle à la mémoire des 85 «
tout-petits » enfants Juifs de cet arrondissement qui n'avaient même pas eu
le temps de fréquenter une école, ces 85 « tout-petits » enfants Juifs
assassinés en Déportation.
« Chut ! Taisez-vous, écoutez, il y a une Dame
qui parle de nous en pleurant, il y a un Monsieur et 3 autres Dames qui
parlent aussi de nous » crièrent Henri et Jacqueline, 6 ans. « Et encore une
grande fille qui lit quelque chose en pleurant, elle parle d'une petite
fille et de sa poupée » ajouta Maurice, 5 ans. « Comment ils nous
connaissent ? » questionna Blanche, 6 ans
Oui, effectivement, « en
bas », Régine, l'infatigable Régine, elle-même « enfant cachée » grâce à des
« Justes », nous présenta, très émue, des sanglots dans la voix,
l'Association Histoire et Mémoire du 3ème arrondissement ainsi que le
pourquoi de cette manifestation avec des mots très difficilement
soutenables. Le Maire et trois de ses adjointes ainsi qu'un proche d'une
petite victime âgée de 3 ans prirent ensuite la parole pour rappeler ce que
fut le drame de ces 85 « tout-petits » enfants assassinés par des sauvages
étrangers avec la complicité d'autres sauvages,...français, eux ! Et que de
larmes dans les yeux des participants lorsqu'une jeune fille, d'une
quinzaine d'années peut être, nous lu, en s'interrompant à plusieurs
reprises tellement elle pleurait, un poème « Une poupée à Auschwitz », un
poème qui raconte l'histoire d'une gamine qui entra dans la chambre à gaz
avec sa poupée, sa poupée qui, quelques instants plus tard, se retrouva
seule....sur un tas de cendres.
« Regardez, ils sont en train de
découvrir une grande plaque » dit Albert, 5 ans. « On dirait qu'il y a des
noms dessus » ajouta Annette, 6 ans.
Oui, effectivement, « en bas », le
Maire et ses adjointes dévoilèrent une immense stèle portant les noms,
prénoms et âges de ces « tout petits »...des plus jeunes Françoise, 2 mois
et Roland, 5 mois aux plus âgés, Liliane, Bernard, Claudine, Jacqueline,
Blanche, Léon, René, Claudette, Henri, Eliane, 6 ans, assassinés en
Déportation. Ces malheureux enfants qui, aux yeux de ces sauvages, avaient «
commis le crime » d'être nés Juifs. Comme il est poignant de se rendre
compte que plusieurs enfants portaient le même nom de famille. Des frères ?
Des sours ? Des frères et sours ? Des cousins ? Des cousines ?
Si
vous aviez assisté à cette émouvante cérémonie, vous auriez pu voir sur de
grands panneaux quelques uns des visages innocents et des sourires de ces «
tout petits » enfants ainsi que ceux d'une partie des 500 enfants Juifs qui
fréquentaient les 15 écoles du 3ème arrondissement grâce à l'immense travail
(2) de Serge Klarsfeld, appartenant au Peuple martyr et de sa femme Béate
appartenant, elle, au peuple bourreau (3). Tous ces enfants qui firent
partie des 11.400 enfants Juifs de France déportés et assassinés à Auschwitz
de 1942 à 1944 (4) parce que « nés Juifs ».
« Chut ! Taisez-vous,
écoutez, il y a des enfants qui chantent et plein de dames qui chantent avec
des paroles comme chantait ma Maman » lança Eliane, 6 ans.
Oui,
effectivement, « en bas », des élèves d'écoles du 3ème interprétèrent des
chansons enfantines et une chorale d'adultes, la chorale Yacinta's zingers,
impressionna et charma l'assistance avec leurs chants Yiddish. Mais quelle
émotion !
Si vous aviez assisté à cette émouvante cérémonie, vous auriez
pu voir et entendre tout cela comme les 85 « tout-petits » « virent et
entendirent de là-haut ».
Mais si vous n'avez pu assister à cette
émouvante cérémonie, - provoquez l'occasion de passer par ce magnifique
square qui se trouve face à la Mairie du 3ème arrondissement,-
arrêtez-vous, - recueillez-vous devant cette stèle, - lisez les noms de
ces 85 malheureuses petites victimes qui n'eurent même pas le temps de
fréquenter une école. Ces 85 malheureuses petites victimes que des enfants,
ayant actuellement l'âge où elles furent assassinées, pourraient aujourd'hui
appeler Mamie et Papy.
Votre mémoire est leur unique sépulture, eux qui
sont morts sans sépulture. ZAKHOR !
Mes enfants chéris, -
vous vous appeliez Sarah, Jeannette, Rachel, Gisèle, Liliane, Samuel-Nathan,
Albert, Charles, Henri, Jacqueline, Bernard, Michel, Nelly, Charlotte,
Marcel, Micheline, Louis, Liliane, Jean, Maurice, Léon, Thérèse, Hélène,
Lucien, Simon, Annie, Claudine, Yvette, Marguerite, Colette, Samuel,
Ginette, Jean, Roland, Huguette, Georges, Blanche, Pauline, Suzanne, André,
Monique, Claude, Joseph, Armand, Pierre, Annette, Lise, Fernand, Arnold,
Rachel, Arlette, Françoise, Aline, Nicole, Rosette, Ida, Rosa, René,
Claudette, Louisette, Maxime, Eliane et Sarah. (5) - vous avez été
brutalisés, transportés dans des wagons à bestiaux, gazés et brûlés par des
gens, par tous ces assassins qui avaient décidé que vous n'aviez pas votre
place sur terre car vous étiez Juifs.
Mais vous ne serez jamais une
statistique car - il nous reste de vous, outre vos noms portés sur cette
stèle placée dans ce magnifique parc qui vous était interdit par les lois
d'un certain Maréchal et une clique de collaborateurs qui avaient capitulé,
oublié l'honneur et livré le pays à la servitude. Ces mêmes gens qui
trahirent vos Parents qui croyaient trouver en France, le pays des droits de
l'Homme, la tranquillité et la sécurité qui n'existaient plus dans leur pays
d'origine, qui croyaient devenir « comme D.ieu en France » - il nous
reste de vous votre état-civil et vos photos avec vos sourires innocents
grâce à Beate et Serge Klarsfeld (2). De plus, grâce au Rabbin Daniel Farhi,
vos noms sont lus à l'occasion du Yom HaShoah, vous qui n'eûtes pas droit à
un Kaddish, vous qui, comme les 6 millions de Juifs, victimes de la barbarie
et la sauvagerie, êtes des « morts sans sépulture ».
Vous faites partie
des 11.400 enfants Juifs déportés de France. Vous faites partie du million
et demi d'enfants Juifs assassinés en Europe par des sauvages de mémoires
maudites.
Que vos mémoires et celles de tous nos innocents assassinés
soient bénites ! Amen !
Le proverbe dit : « Un
pays ne vaut que par ses enfants ». Que devrions-nous penser, dire et écrire
pour ce million et demi de vies d'enfants Juifs anéanties ?
Combien,
parmi ce million et demi d'enfants Juifs assassinés pendant le Shoah, y
aurait-t-il eu d'« Anne Franck » et de prix Nobel qui seraient venus
renforcer ainsi le génie d'Israël et des Juifs ?
Ne peut-on s'empêcher de
penser que parmi ces enfants assassinés un ou plusieurs d'entre eux auraient
trouvé des énergies de substitution au pétrole ? Ou des moyens, pour le bien
être de l'Humanité, de « conquérir » l'Espace et « coloniser » ainsi la Lune
ou une autre planète ?
De combien de milliers de génies l'Humanité
a-t-elle très vraisemblablement été privée ?
Quels progrès la science
et la médecine auraient-elles faits sans la disparition de ces martyrs ?
Cancer, Sida, maladies de Parkinson et d'Alzheimer ainsi que d'autres
calamités médicales auraient ainsi été rejoindre celles dont on ne parle
plus.......ou très rarement !
Personnellement, concernant ces sauvages
qui assassinèrent 6 millions de Juifs dont 1 million et demi d'enfants, ni
j'oublie, bien naturellement, ni je pardonne. Qui suis-je d'ailleurs pour
pardonner lorsque je pense à toutes ces horreurs vues encore tout
dernièrement dans la rediffusion sur Arte du film de Patrick Rotman « Les
Survivants » ? Oui, qui suis-je ? Seuls les bourreaux auraient pu demander
pardon à leurs victimes. L'ont-ils fait ?
NI OUBLI NI PARDON, Nos
Morts nous regardent et nous entendent !
J'ai toujours en mémoire, et je
fais mienne, la phrase qu'écrivit dans « L'Imprescriptible » le regretté
Professeur Vladimir Jankélévitch, inversant les termes de la prière de Jésus
dans l'Evangile selon Saint Luc :
« Seigneur, ne leur pardonnez pas car
ils savent ce qu'ils font ».
Charles Etienne
NEPHTALI
(1) On fit toujours croire aux malheureux enfants dont
les parents avaient déjà été déportés et pour la très grande majorité gazés
et brûlés, et on voulu aussi faire croire à la population, qu'ils allaient «
rejoindre leurs parents ». On peut lire cela en particulier dans « Sans
oublier les enfants » d'Eric Conan (Grasset) qui traite de ces 3.500 enfants
dont le calvaire commença au Vel' d'Hiv' les 16 et 17 juillet 1942 pour se
poursuivre dans les camps de Pithiviers et de Beaune-la-Rolande entre le 19
juillet et 16 septembre de la même année. Un mémorial sera inauguré début
2008 en leur souvenir. (2) « Le Mémorial des Enfants Juifs Déportés de
France » par Serge Klarsfeld. (3) Phrase similaire à celle de la page 118
de l'ouvrage de Serge Klarsfeld « Les enfants d'Izieu ». Cette phrase
concernait Mme Halaunbrenner (dont le mari fut fusillé et 3 de ses enfants,
faisant partie de la Maison d'Izieu, furent assassinés à Auschwitz) et Béate
Klarsfeld. (3) Une magistrale exposition conçue par l'Association « Les Fils
et Filles des Déportés Juifs de France » (F.F.D.J.F. 32 rue La Boëtie-75008
Paris) s'est tenue à l'Hôtel de Ville de Paris du 10 mars au 29 avril
2007. (4) Il n'y a pas 85 prénoms car certains enfants portaient le
même.
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auteur et n'engagent en rien l'association Migdal.
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