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Youssouf Fofana
LE BARBARE |
Pascal Ceaux, Jean-Marie
Pontaut
Youssouf Fofana,
responsable du rapt et de la mort d'Ilan Halimi, en 2006, est le personnage clef
d'une affaire dont l'instruction vient de s'achever. En prison et devant les
juges, il a multiplié les provocations.
Au fond de sa cellule, Youssouf Fofana écrit souvent au procureur de la
République. Le chef du «gang des barbares» ne veut surtout pas être oublié. Il
entend rester le maître du jeu, l'insulteur, le provocateur, lui qui avait
organisé, le 20 janvier 2006, l'enlèvement, à Paris, d'un jeune juif et sa
séquestration, à Bagneux (Hauts-de-Seine). Avec l'appui d'une dizaine de
complices, Fofana avait ensuite exigé une rançon en échange de la libération
d'Ilan Halimi, au prétexte que «les juifs ont de l'argent». Trente-trois jours
plus tard, le jeune homme avait été retrouvé, agonisant, au bord d'une route
dans l'Essonne. Sa mort avait ému l'opinion et entraîné une grande manifestation
contre l'antisémitisme. Deux ans ont passé. Youssouf Fofana n'a pas changé.
Dans son courrier, les cibles sont multiples, mais l'ennemi, toujours le même:
le juif et ses soutiens supposés, tel Nicolas Sarkozy, «vendu à la solde des
sionistes américains». Lorsque les juges d'instruction Corinne Goetzmann et
Baudouin Thouvenot l'ont interrogé sur les motivations antisémites de son acte,
il a répondu: «Allah et son prophète, ils aiment pas les juifs.» Il a aussi
signé l'un des procès-verbaux d'interrogatoire en l'accompagnant de la mention:
«A mort Israël.»
Le principal suspect dans la mort d'Ilan Halimi n'a
changé qu'une fois de langage. Peu après son extradition de Côte d'Ivoire, son
pays d'origine, où il s'était réfugié, il récusait toute motivation raciste à
son acte. «Je ne suis pas antisémite, je n'ai tué personne de mes mains»,
affirmait-il alors à la juge. Le chef des «barbares» préférait insister sur les
mauvais traitements - coups, matraquage, électricité - qu'il aurait subis selon
ses dires à Abidjan. «Quand je leur disais un truc qui n'allait pas, j'étais
frappé», déclarait-il à propos des policiers ivoiriens.
Au fil de
l'instruction, le jeune Français, aujourd'hui âgé de 27 ans, lâche quelques
bribes aux juges et aux experts. De lui-même, il parle peu, à l'exception d'un
étrange aveu, sans doute l'écho d'une scolarité ponctuée d'échecs: «Je lance des
paroles comme ça, je ne lis pas, je suis lobotomisé.» Presque rien, non plus,
sur sa famille, ses six frères et soeurs, tous bien intégrés à la société
française, à l'exception d'un seul, qui souffre d'un handicap mental. Rien,
enfin, sur ses parents, son père, manutentionnaire retraité, sa mère, femme de
ménage, venus de Côte d'Ivoire en France «pour avoir une bonne vie». Fofana
laisse juste échapper un cri de révolte: «Ça fout la haine de voir ses parents
comme ça nettoyer les chiottes.» A cela, il ajoute une version quelque peu
arrangée de son parcours. «Je suis barbare, enfant des cités», revendique-t-il.
En fait, il a vécu à Paris, jusqu'à l'âge de 14 ans.
P. Pavani/AFP
Photo

La marche en souvenir
d'Ilan Halimi, le 26 février 2006, à Paris, avait rassemblé plusieurs milliers
de personnes.
Youssouf
Fofana est bien plus prolixe dès qu'il est question de l'affaire, de «son»
affaire. Il évoque ainsi volontiers son emprise sur ses complices: la jeune
fille qui servit d'appât pour attirer Ilan Halimi, les geôliers du jeune homme
dans un immeuble de Bagneux, ceux qui l'accompagnèrent jusqu'à la scène finale
des cinq coups de couteau et du corps partiellement brûlé. «J'ai été le chef,
oui, ils m'obéissaient tous.»
Lors d'un interrogatoire, il cherche même à
les dédouaner. «Mes co-mis en examen ont été forcés moralement et physiquement à
faire ce qu'ils ont fait. En fait, ils n'ont jamais voulu le faire», dit-il.
Cette autorité sur le groupe est confirmée par plusieurs de ses comparses.
«C'est pas des pressions physiques mais psychologiques, affirme l'un d'entre
eux. Il mettait les gens au pied du mur. C'est une personne têtue.» Puis les
diatribes antisémites deviennent une rengaine. Même en prison. L'administration
pénitentiaire fait ainsi état du témoignage d'un détenu ayant parlé avec Fofana.
Ce dernier lui a dit qu'il n'aimait pas les personnes de confession juive, qu'il
n'avait pas choisi sa victime au hasard. Lors d'une audition devant le juge
Thouvenot, il déclare: «Moi, je vous aime bien, mais je préfère Mme Goetzmann
parce que c'est une juive et que je préfère avoir mes ennemis en face de moi et
pas d'intermédiaire.» Plus tard, lors d'une confrontation avec d'autres mis en
examen, Youssouf Fofana demande à faire une déclaration. «Inch Allah,
commence-t-il, il y aura un commando qui va m'évader [...] politiquement, je
suis le symbolique trophée de guerre détenu par les sionistes de New York [...].
Economiquement il y a des compagnies pétrolières arabes qui au nom d'Allah
voudront à tout prix récupérer le symbolique trophée de guerre...» Et les propos
de celui qui se rêve aussi un destin de «grand chef de guerre» en Côte d'Ivoire
se concluent par une demande de mise en liberté.
Il ne parle pas de la victime comme d'une
personne En dépit de l'aspect délirant des paroles de Fofana, les avis
des experts, psychologue et psychiatres, se rejoignent: il n'est «pas pervers»,
«pas psychotique», et est doté d'une «intelligence normale» avec «nul indice de
déficit». Il manifeste bien quelques traits de psychopathie, mais n'est «pas
vraiment un psychopathe». Les expertises s'accordent par ailleurs pour décrire
«une personnalité rigide avec absence du sens de l'autre et de remise en
question de soi, narcissique, dominatrice, égocentrique, très déterminée,
manipulatrice». En outre, Fofana se signale parce qu'il ne manifeste «aucune
expression de regret ou de culpabilité». De fait, pendant les interrogatoires,
il ne fait jamais mention de la victime, Ilan Halimi, comme d'une personne. Dans
sa bouche, ce dernier n'existe pas.
Depuis son retour en France, Youssouf
Fofana a recouru aux services d'au moins 36 avocats, désignant et récusant à
tour de rôle ses défenseurs. Et il n'a pas caché son désir aux magistrats
instructeurs. «Qu'est-ce que vous cherchez à me faire dire? Moi, je suis là pour
vous emmerder.» Youssouf Fofana: confessions d'un
"barbare" http://www.lexpress.fr/info/quotidien/actu.asp?id=464790 Les articles reproduits sur ce site sont sous l'entière responsabilité de leur
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